En une phrase
Buddhi relie directement la manifestation à l’Intellect supra-individuel, tandis que Manas coordonne, dans la forme individuelle, la pensée et les facultés de sensation et d’action.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans L'Homme et son devenir selon le Vêdânta, complétée par Mélanges, formulée par l'encyclopédie.
Buddhi est le premier degré de la manifestation d’Âtmâ. Le Sânkhya la nomme aussi Mahat, le « grand principe ». Elle est déjà manifestée, mais demeure informelle et universelle ; elle ne constitue donc pas une faculté de l’individu. Guénon la compare au rayon issu du Soleil spirituel, qui éclaire l’état individuel tout en le reliant à son principe et aux autres états de l’être.
Le mot « intellect » doit ici être entendu dans son sens traditionnel. Buddhi n’est ni la raison discursive, ni la mémoire, ni l’imagination. Elle correspond à l’intuition intellectuelle, c’est-à-dire à une connaissance directe dont le sujet et l’objet ne demeurent pas extérieurs l’un à l’autre. La pensée mentale n’en reçoit qu’une réflexion dans les conditions de l’individualité.
Manas appartient précisément à cet ordre individuel. Il est le sens interne qui reçoit et coordonne les données des facultés externes. Sa double fonction le met en rapport avec les cinq facultés de sensation et les cinq facultés d’action. Il centralise leur activité, l’examine et la présente à la conscience individuelle, ahankâra.
Cette centralité relative ne doit pas être prise pour le centre suprême. Manas organise la connaissance dans un état formel ; Buddhi transpose dans l’universel. Le premier peut raisonner sur les vérités métaphysiques, en garder le souvenir ou en former des images. La seconde seule correspond au principe de leur connaissance effective.
La distinction éclaire enfin l’erreur qui assimile tout ce qui n’est pas corporel au spirituel. Manas est subtil, mais demeure psychique et individuel. Buddhi est supra-individuelle. Entre les deux ne se trouve pas une différence de finesse psychologique, mais une limite de domaine.
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Citations de Guénon
L’Intellect ou Buddhi est de nature essentiellement supra-individuelle puisqu’il n’est pas autre chose que l’expression même d’Âtmâ dans la manifestation. (Mélanges, p. 2)
L’état subtil est proprement le domaine de la ψυχή et non celui du νοῦς ; celui-ci correspond en réalité à Buddhi, c’est-à-dire à l’intellect supra-individuel. (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 61)
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction Traduire Buddhi et Manas par le seul mot « esprit » efface la charnière dont Guénon a besoin. La psychologie moderne distribue diverses fonctions à l’intérieur de l’individu ; la doctrine hindoue distingue en outre ce qui relève de l’individu et ce qui le dépasse principiellement.
Cette distinction règle la lecture de toute connaissance traditionnelle. Une formulation peut être comprise mentalement avec exactitude sans être réalisée. La rigueur doctrinale est nécessaire, mais elle prépare une transposition que le raisonnement ne peut produire par accumulation.
Un exemple pour approcher le sens
Devant une démonstration géométrique, l’œil distingue les traits, la mémoire retient les définitions et le raisonnement enchaîne les propositions. Cet ensemble donne une image des opérations coordonnées par Manas.
La saisie soudaine de la nécessité qui tient toute la figure ensemble offre une analogie lointaine de Buddhi. L’analogie reste insuffisante, car Buddhi ne se réduit pas à une intuition psychologique brillante : elle est d’un ordre supra-individuel.
Références internes
L’Homme et son devenir selon le Vêdânta · Mélanges · Écrits signés Palingénius · Âtmâ · Purusha et Prakriti · L’intuition intellectuelle · La science traditionnelle · Les influences errantes