En une phrase

Les koshas décrivent les degrés dont le Soi paraît se revêtir dans l’individualité, tandis que la veille, le rêve et le sommeil profond conduisent symboliquement à l’état principiel qui dépasse toute condition.

Exposé métaphysique

Synthèse des chapitres IX à XVI de L'Homme et son devenir selon le Vêdânta, formulée par l'encyclopédie.

Le Vêdânta ne réduit pas l’être humain au composé du corps et d’une conscience psychologique. Il distingue plusieurs enveloppes, ou koshas, qui expriment les degrés successifs de la manifestation d’Âtmâ comme jîvâtmâ. Le mot « enveloppe » est symbolique : le Soi n’est pas enfermé dans ces déterminations, car aucune condition ne peut contenir ce qui en est le principe.

La série est ordinairement parcourue du plus extérieur vers le plus intérieur. Annamaya-kosha est l’enveloppe faite de nourriture, le corps grossier qui se forme et se maintient par l’assimilation. Prânamaya-kosha comprend les fonctions vitales. Manomaya-kosha correspond au mental et aux opérations qui coordonnent les perceptions. Vijnânamaya-kosha relève de la connaissance distinctive et de Buddhi envisagée dans son rapport à l’individualité. Ânandamaya-kosha, l’enveloppe de Béatitude, est la plus intérieure, mais elle demeure encore une détermination causale.

Ces cinq enveloppes ne sont donc pas cinq corps emboîtés. Trois d’entre elles constituent ensemble la forme subtile ; la dernière corporelle appartient à la forme grossière ; l’enveloppe de Béatitude se rapporte à l’ordre informel et causal. La classification distribue des fonctions et des états de manifestation, non des objets anatomiques invisibles.

À cette structure répond celle des états. La veille est la condition de Vaishwânara et porte sur la manifestation grossière. Le rêve est la condition de Taijasa et ouvre sur la manifestation subtile, où les objets ne dépendent plus des sens corporels. Le sommeil profond est la condition de Prâjna ; les distinctions individuelles y sont résorbées dans un état causal et informel.

Le quatrième, Turîya, n’est pas un état ajouté aux trois autres sur le même plan. Il est absolument inconditionné et les contient principiellement. Si le sommeil profond suspend la connaissance distinctive, Turîya dépasse toute opposition du connaissant et du connu. Le premier n’est donc pas par lui-même la Délivrance ; il en offre une correspondance dans l’expérience ordinaire.

Le monosyllabe Om rassemble cette doctrine. Ses trois éléments phonétiques correspondent aux trois états conditionnés ; leur résolution et le silence qui les enveloppe indiquent le quatrième. Le son sacré ne constitue pas un ornement dévotionnel ajouté à la théorie : il donne à entendre, sous une forme concentrée, la structure des états de l’être.

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Citations de Guénon

Il faut bien remarquer, du reste, qu’on ne peut pas dire, en toute rigueur, qu’Âtmâ soit en réalité contenu dans de telles enveloppes. (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 45)

Il faut donc considérer en outre, au-delà de l’Être, un quatrième état principiel, absolument inconditionné. (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 53)

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction La carte des koshas et des états doit être lue selon deux mouvements complémentaires. Le premier distingue ce que la conscience ordinaire confond sous le nom de « moi » : le corps, la vitalité, le mental, l’intelligence distinctive et l’état causal. Le second rapporte toutes ces distinctions au Soi unique qui ne devient jamais l’une d’entre elles.

Cette double lecture évite deux erreurs. La première matérialise les enveloppes et cherche à les localiser comme des organes subtils. La seconde les déclare illusoires au point de rendre leur ordre inutile. Elles ont une réalité relative comme degrés de manifestation ; elles n’ont aucune autonomie au regard du principe qui les traverse sans être limité par elles.

Un exemple pour approcher le sens

Une lumière traverse plusieurs vitres de couleur. Chaque vitre détermine la façon dont la lumière apparaît dans une pièce, mais aucune ne contient la source ni n’en épuise la clarté. Retirer successivement les vitres modifie les apparences sans produire la lumière elle-même.

Les koshas sont comparables à ces conditions de transmission. Les trois états ordinaires montrent des modalités différentes de l’apparition ; le quatrième renvoie à la lumière qui ne dépend d’aucune vitre.

Références internes

L’Homme et son devenir selon le Vêdânta · Personnalité et individualité · Mâyâ · Mohyiddin ibn Arabi · Atmâ · Nâma-Rûpa · Buddhi et Manas · Moksha · Le symbolisme d’Om · Kundalini-Yoga