En une phrase
La conscience n’est pas la mesure de toute connaissance, mais seulement une modalité conditionnée par laquelle certains états de l’être connaissent.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans Les États multiples de l'être, formulée par l'encyclopédie.
Le vocabulaire moderne tend à confondre connaître et avoir conscience. Guénon sépare les deux termes. La conscience appartient à certains états manifestés, notamment à l’individualité humaine, et s’y présente comme une prise de conscience. Elle varie donc avec les conditions de l’état où elle opère.
La connaissance, envisagée en elle-même, ne dépend pas de cette forme particulière. Elle s’étend en droit à la Possibilité universelle, tandis que la conscience n’embrasse qu’un domaine déterminé de l’Être. Il peut ainsi exister des états supra-individuels qui dépassent toute conscience proprement dite sans dépasser la connaissance. Ce qui est au-delà de la raison discursive n’est donc pas, par là même, irrationnel ou inconnaissable.
Cette distinction suppose une autre doctrine : connaître véritablement n’est pas produire une image mentale d’un objet extérieur. La connaissance effective est identification du connaissant et du connu. Ses degrés sont les degrés mêmes de cette identification. Dans les modes conditionnés, l’intellect se réfracte et donne lieu à une connaissance indirecte ; dans l’Universel, intellect, intelligible et connaissance ne font qu’un.
La conscience individuelle garde pourtant une amplitude bien supérieure à ce qu’en saisit la conscience claire. Guénon admet que ses possibilités puissent s’étendre indéfiniment dans l’ordre individuel. Mais une extension, si vaste soit-elle, ne change pas la nature du domaine : l’indéfini psychique ne devient pas l’Infini métaphysique.
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Citations de Guénon
Toute connaissance véritable et effective est immédiate. (Les États multiples de l’être, p. 59)
Directement ou indirectement, il y a toujours participation à l’intellect universel dans la mesure où il y a connaissance effective, soit sous un mode quelconque, soit en dehors de tout mode spécial. (Les États multiples de l’être, p. 64)
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction Cette distinction interdit de transformer la métaphysique en psychologie agrandie. Une expérience plus intense, un rêve lucide ou une perception subtile peuvent étendre la conscience sans faire sortir l’être de l’ordre individuel. Le critère n’est pas l’intensité de ce qui est éprouvé, mais le degré d’identification réelle avec l’objet de la connaissance.
Elle éclaire aussi la critique guénonienne de l’agnosticisme. Dire qu’une chose n’est pas actuellement concevable pour l’entendement humain ne permet pas de la déclarer inconnaissable en elle-même. Cette conclusion érigerait les limites d’une faculté individuelle en limites de la vérité.
Un exemple pour approcher le sens
Une fenêtre laisse entrer la lumière selon son ouverture et la couleur de son verre. Elle rend la lumière présente dans une chambre, mais elle ne fixe ni l’étendue ni la nature du soleil. La conscience individuelle ressemble à cette fenêtre : elle conditionne la lumière reçue sans constituer le principe de la connaissance.
Élargir la fenêtre augmente le champ éclairé. Cela ne transforme pourtant pas la fenêtre en soleil. De même, étendre la conscience ne suffit pas à atteindre la connaissance universelle, laquelle exige un changement de degré et non une simple amplification psychique.
Références internes
Les États multiples de l’être · La Possibilité universelle · Les états multiples de l’être · La réalisation métaphysique · La Délivrance · Personnalité et individualité · Buddhi et Manas · La science profane