En une phrase

Atmâ est le Soi universel et inconditionné dont l’individualité humaine n’est qu’une manifestation particulière, et qui demeure identique à Brahma dans sa réalité suprême.

Exposé métaphysique

Synthèse de la position de Guénon dans L'Homme et son devenir selon le Vêdânta, principalement les chapitres II, III et XI, formulée par l'encyclopédie.

Guénon ouvre son exposé du Vêdânta par la distinction entre le « Soi » et le « moi ». Le moi est l’individualité humaine, avec ses états corporels et psychiques, sa mémoire, ses caractères et ses limites. Atmâ n’est pas un moi agrandi, plus durable ou plus subtil. Il est le principe même dont dépendent l’individualité humaine et tous les autres états possibles de l’être.

Cette différence commande le sens que Guénon donne aux mots « personnalité » et « individualité ». La personnalité métaphysique correspond au Soi et dépasse toute condition particulière. L’individualité n’en est qu’une détermination. Dans le langage courant moderne, le mot personnalité désigne souvent la configuration psychologique d’un individu. Cette inversion de vocabulaire risque de faire prendre le contingent pour le principiel.

Atmâ peut être envisagé par rapport à un être déterminé, mais cette relation ne le particularise pas. Le même rayon solaire peut atteindre plusieurs surfaces sans se diviser dans sa source. De même, le Soi demeure « le même » à travers la multiplicité indéfinie des degrés de l’Existence et au-delà de l’Existence, dans la non-manifestation principielle.

Il faut donc distinguer quatre propositions.

  1. Atmâ n’est pas l’âme individuelle. L’âme vivante appartient à un état manifesté. Elle est conditionnée par une forme d’existence et ne constitue pas la totalité de l’être.
  2. Atmâ ne se développe pas. Les possibilités qu’il contient se déploient dans la manifestation, mais le principe demeure dans sa permanente actualité. Le changement appartient aux états, non au Soi.
  3. Atmâ soutient tous les états. Chaque modalité de l’être reçoit de lui sa réalité, sans pouvoir le limiter ni le contenir.
  4. Atmâ est identique à Brahma. Envisagé au centre de l’être, il est le Soi ; envisagé universellement, il est Brahma. Cette identité n’unit pas deux réalités d’abord séparées, elle abolit une distinction qui n’existait que du point de vue de la manifestation.

La réalisation métaphysique ne consiste donc pas à fabriquer un nouveau soi. Elle rend effective la conscience de ce que l’être est principiellement. Les états particuliers cessent alors d’être pris pour des réalités indépendantes et sont rapportés à leur centre commun.

Guénon nomme aussi Atmâ l’« Esprit Universel », faute d’un équivalent français entièrement adéquat. Cette expression ne doit pas suggérer un esprit collectif composé de toutes les consciences. L’universel n’est pas la somme des individuels. Il leur est logiquement et ontologiquement antérieur.

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Citations de Guénon

Le « Soi », même pour un être quelconque, est identique en réalité à Âtmâ, puisqu’il est essentiellement au-delà de toute distinction et de toute particularisation (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 16)

C’est donc vraiment l’« Esprit Universel » (Âtmâ), qui est, en réalité, Brahma même, le « Suprême Ordonnateur » (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 24)

En d’autres termes, Âtmâ est « Ce par quoi tout est manifesté, et qui n’est soi-même manifesté par rien » (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 34)

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction Atmâ empêche de lire la métaphysique de Guénon comme une psychologie spirituelle. L’enjeu n’est pas de perfectionner indéfiniment le moi, d’en enrichir les expériences ou d’en prolonger la survie. Il est de reconnaître que le moi ne forme qu’une modalité limitée d’un être dont le principe est supra-individuel.

Cette doctrine explique aussi pourquoi l’identité d’Atmâ et de Brahma ne peut être comprise comme la divinisation de l’individu. Ce n’est pas l’homme particulier qui devient le Principe suprême. C’est la limitation qui le faisait se croire séparé qui est dépassée, tandis que le Soi n’a jamais cessé d’être ce qu’il est.

Les rapprochements avec le vocabulaire islamique de l’Esprit, du Soi ou de l’Identité suprême peuvent éclairer cette structure, mais ils demandent une transposition rigoureuse. Des termes appartenant à des traditions différentes ne deviennent pas pour autant interchangeables.

Un exemple pour approcher le sens

Un acteur interprète successivement plusieurs rôles. Chaque personnage possède un nom, une histoire, des gestes et une manière de parler. Aucun de ces rôles ne contient l’acteur tout entier, et le passage de l’un à l’autre ne détruit pas celui qui les assume.

Cette image reste imparfaite, car l’acteur est encore un individu. Elle permet néanmoins d’approcher la distinction. Le moi est comparable à un rôle défini par certaines conditions d’existence. Atmâ n’est pas un rôle plus vaste, mais le principe auquel tous les états doivent leur possibilité et leur réalité.

Références internes

L’Homme et son devenir selon le Vêdânta · Brahma · les Possibilités éternelles de l’Être · Personnalité et individualité · Moksha · Jîvan-mukta · Nâma-Rûpa · Mâyâ · Er-Rûh · Vêdânta