En une phrase

Le Pitri-yâna reconduit l’être dans les conditions de la manifestation formelle, tandis que le Dêva-yâna l’élève par des états supra-individuels vers une Délivrance obtenue au terme du parcours.

Exposé métaphysique

Synthèse des chapitres XVII à XXI de L'Homme et son devenir selon le Vêdânta, formulée par l'encyclopédie.

Après avoir exposé les enveloppes et les états d’Âtmâ, Guénon examine le devenir de l’être humain après la mort. Celle-ci ne détruit pas l’être et ne le transporte pas comme un individu complet dans un autre lieu. Elle dissout le composé corporel, résorbe certaines facultés et ouvre des possibilités différentes selon le degré de connaissance effectivement réalisé.

Le Pitri-yâna, la voie des ancêtres, demeure dans le domaine de la manifestation formelle. Son terme symbolique est la Sphère de la Lune. La Lune représente ici le milieu des formes, de la génération et de la mémoire cosmique, non l’astre matériel considéré comme destination spatiale. L’être qui suit cette voie reste soumis aux conditions dont dépend un retour à la manifestation.

Ce retour ne doit pas être confondu avec la réincarnation. Guénon rejette l’idée que le même individu humain reprendrait un nouveau corps terrestre. Les possibilités individuelles ne se répètent pas. Ce qui revient dans le cycle relève de causes et de tendances non épuisées, selon des modalités qui ne reproduisent jamais l’existence personnelle antérieure.

Le Dêva-yâna, la voie des dieux, part du centre de l’individualité où les facultés ont été résorbées. Le symbolisme védique décrit une succession de degrés, la lumière, le feu, le jour, la période ascendante, le soleil, l’éclair et les eaux supérieures. Ces stations sont des états de l’être et leurs régents, non les étapes d’un voyage dans l’espace astronomique.

L’artère coronale et le rayon solaire figurent le raccordement du centre individuel au centre de l’être total. La sortie par la couronne de la tête indique la direction supérieure ; le rayon marque la continuité axiale qui guide l’être à travers les états intermédiaires. Nuit et jour, hiver et été ne peuvent interrompre une voie qui n’est pas soumise au temps physique.

Le Dêva-yâna conduit à la krama-mukti, la Délivrance différée ou graduelle. Elle se distingue de la Délivrance immédiate obtenue dès l’état humain. Même les plus hauts degrés posthumes restent provisoires tant que subsiste une condition. La Délivrance véritable n’est pas le plus élevé des lieux du monde, mais l’affranchissement de toute limitation manifestée.

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Citations de Guénon

Ce sont les deux Voies permanentes, l’une claire, l’autre obscure, du monde manifesté (jagat). (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 94)

Il ne conduit pas au-delà de la Sphère de la Lune. (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 94)

Nous devons revenir maintenant à ce qui se produit pour l’être qui, n’étant pas « délivré » au moment même de la mort, doit parcourir une série de degrés. (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 90)

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction La géographie de ces deux voies est une géographie symbolique. La lire matériellement conduit soit à une cosmologie fantastique, soit à un rejet rationaliste. Les luminaires, les directions et les périodes rendent visibles des rapports entre états ; ils ne réduisent pas ces états à leurs supports corporels.

La distinction permet aussi de séparer salut et Délivrance. Un état posthume heureux, durable ou lumineux demeure encore déterminé. La métaphysique ne nie pas sa valeur dans son ordre, mais elle réserve le nom de Délivrance au dépassement de toute condition, y compris des conditions célestes.

Un exemple pour approcher le sens

Deux voyageurs quittent une enceinte. Le premier emprunte une galerie qui fait le tour des remparts et revient vers une autre porte du même domaine. Le second gagne un escalier axial qui traverse successivement les étages et conduit au-delà de l’édifice. Aucun des deux parcours ne se comprend en mesurant seulement la distance au sol.

Le Pitri-yâna demeure dans le système des formes. Le Dêva-yâna suit l’axe des états supérieurs. La Délivrance n’est atteinte que lorsque l’édifice entier, et non une seule de ses salles, a été dépassé.

Références internes

L’Homme et son devenir selon le Vêdânta · Moksha · Le luz et la résurrection · La Délivrance · Jîvan-mukta · Kundalini-Yoga · Manvantara