En une phrase
Le Manvantara est le cycle complet d’une humanité, depuis son état primordial jusqu’à sa dissolution, divisé en quatre Yugas dont la décroissance exprime l’éloignement progressif du principe.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans Formes traditionnelles et cycles cosmiques, La Crise du Monde moderne et Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, formulée par l'encyclopédie.
Le Manvantara est littéralement une ère d’un Manu. Le Manu n’est pas ici un individu historique, mais l’intelligence législatrice qui formule, pour une humanité et selon ses conditions, la loi traditionnelle convenable. Un Manvantara embrasse donc le développement intégral d’une humanité terrestre. Il est lui-même compris dans des cycles plus vastes et reproduit, à son échelle, la loi générale de toute manifestation.
Son mouvement va du principe vers sa manifestation la plus extérieure. Le commencement correspond à l’« âge d’or » et à l’état primordial, où les principes spirituels sont immédiatement présents. À mesure que le cycle se déroule, cette présence se voile, les formes se multiplient et la condition corporelle se solidifie. La marche descendante n’est donc pas une condamnation morale portée uniformément sur les générations. Elle décrit une loi cosmique: la manifestation développe successivement ce qui était contenu en principe, jusqu’à l’épuisement de ses possibilités.
Les quatre Yugas rendent cette loi lisible. Le Krita-Yuga ou Satya-Yuga, le Trêtâ-Yuga, le Dwâpara-Yuga et le Kali-Yuga sont dans le rapport 4, 3, 2, 1. Leur somme forme le dénaire. Chaque période est plus courte que la précédente, ce qui figure l’accélération du temps cyclique à mesure qu’on s’approche de la fin. Le dernier âge, le Kali-Yuga, est celui où la quantité, la dispersion et l’opacité matérielle atteignent leur plus grande extension.
Guénon ne réduit pas cette doctrine à une chronologie. Les nombres cycliques expriment d’abord des proportions et des correspondances. Ils peuvent être transposés en durées, mais il avertit que les données traditionnelles ont souvent voilé le point de départ ou l’étendue exacte du cycle. Le calcul ne doit pas devenir une divination historique. La doctrine sert à comprendre la qualité d’une époque, non à dresser un calendrier profane de la fin.
La fin du Manvantara n’est pas une annihilation. Elle est la résorption d’un cycle dont les possibilités sont épuisées et la préparation d’un cycle nouveau. Ce qui apparaît comme fin depuis le point de vue d’une humanité est passage depuis un point de vue plus universel. Ainsi la doctrine des cycles échappe à la fois à l’optimisme du progrès indéfini et au désespoir d’une fin absolue.
Les pages citées ci-dessous sont celles du document numérique, couverture comprise, et peuvent différer de la pagination imprimée. Voir les conventions de citation.
Citations de Guénon
Nous envisagerons maintenant les divisions d’un Manvantara, c’est-à-dire les Yugas, qui sont au nombre de quatre ; et nous signalerons tout d’abord, sans y insister longuement (Formes traditionnelles et cycles cosmiques, p. 17)
Nous sommes présentement dans le quatrième âge, le Kali-Yuga ou « âge sombre », et nous y sommes, dit-on, depuis déjà plus de six mille ans (La Crise du Monde moderne, p. 7)
Quant aux chiffres indiqués dans divers textes pour la durée du Manvantara, et par suite pour celle des Yugas (Formes traditionnelles et cycles cosmiques, p. 19)
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction Le Manvantara donne à la critique guénonienne du monde moderne sa véritable échelle. Les désordres contemporains ne sont pas seulement les erreurs d’une génération qui pourrait revenir à l’équilibre par une réforme extérieure. Ils manifestent la phase terminale d’un processus beaucoup plus long de solidification et de dispersion. Cela n’excuse aucune erreur; cela explique pourquoi les remèdes purement politiques ou économiques restent au niveau des effets.
La doctrine cyclique demande cependant une prudence égale envers le catastrophisme. Reconnaître les signes d’une fin ne donne ni la date de cette fin ni un privilège de spectateur. La tâche traditionnelle demeure de maintenir un lien avec le principe dans les conditions données. Plus la circonférence s’agite, plus la fonction du centre devient essentielle.
Un exemple pour approcher le sens
Une journée passe de l’aube à midi, puis du soir à la nuit. La lumière du matin semble ouvrir toutes les possibilités; à la fin du jour, les formes se confondent et l’activité s’épuise. Pourtant la nuit n’abolit pas le temps: elle achève un jour et prépare une autre aube.
Un Manvantara est comparable à une journée de l’humanité, à une échelle qui excède l’histoire ordinaire. Les Yugas en sont les grandes heures qualitatives. Le Kali-Yuga correspond au soir, où les mouvements se pressent précisément parce qu’il reste peu de temps cyclique à parcourir. L’image rappelle surtout que l’obscurité finale n’est pas un principe opposé à la lumière, mais le terme d’un développement limité.
Références internes
Formes traditionnelles et cycles cosmiques · La Crise du Monde moderne · Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps · Le Kali-Yuga · L’état primordial · La Qualité · La Quantité · La Tradition polaire et la tradition atlantéenne · Les Sept Terres et les Abdâl · Mohyiddin ibn Arabi