En une phrase
Le swastika figure l’action du Principe immobile au centre du monde, dont les branches manifestent la rotation ordonnée autour du Pôle.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans Le Roi du Monde, Le Symbolisme de la Croix et La Grande Triade, formulée par l'encyclopédie.
Le swastika appartient à des traditions très éloignées dans le temps et dans l’espace. Guénon refuse pourtant d’en faire un simple motif décoratif ou un symbole ethnique. Sa diffusion de l’Extrême-Orient à l’Extrême-Occident indique une signification fondamentale : il est le « signe du Pôle ».
La figure dérive de la croix, mais elle ajoute à ses quatre directions l’indication d’un mouvement. Les branches coudées font apparaître la rotation autour du point central. Celui-ci n’est pas toujours dessiné, car il est supposé par la figure entière. Sans lui, les directions ne formeraient qu’une agitation sans principe commun.
Il faut donc lire le symbole selon deux termes complémentaires.
- Le centre est immobile. Il représente le Principe, l’axe ou le Pôle. Son immobilité n’est pas inertie, mais stabilité supérieure à la succession et au changement.
- Les branches sont en mouvement. Elles représentent le déploiement du monde, les directions de l’espace et la rotation cosmique. Leur mouvement reçoit sa mesure du centre et demeure intelligible par lui.
Le swastika n’est ainsi pas une image du monde pris isolément. La circonférence n’y est qu’implicite, tandis que l’action centrale est directement signifiée. Le symbole représente la relation du Principe au monde, plus précisément l’action non agissante par laquelle l’immobile ordonne le mobile.
L’interprétation solaire n’est pas entièrement fausse, mais elle reste secondaire. Le soleil peut lui-même figurer le centre d’un système et son influence rayonnante. Réduire le swastika au soleil revient cependant à prendre une application particulière pour le sens premier. De même, y voir seulement la vitesse ou le mouvement oublie ce qui rend le mouvement ordonné : la présence du Pôle.
Les deux sens de rotation ne constituent pas davantage une opposition morale simple entre un bon et un mauvais signe. Ils peuvent exprimer des directions complémentaires, des phases d’expansion et de résorption ou des points de vue différents sur un même mouvement. Leur interprétation dépend du contexte traditionnel où la figure est employée.
L’appropriation politique moderne du symbole est étrangère à cette doctrine. Elle a chargé une forme traditionnelle d’associations historiques récentes, mais ne peut en épuiser le sens. Comprendre le swastika chez Guénon exige donc de revenir à sa structure cosmologique, sans méconnaître la violence attachée depuis lors à certains de ses usages publics.
Les pages citées ci-dessous sont celles du document numérique, couverture comprise, et peuvent différer de la pagination imprimée. Voir les conventions de citation.
Citations de Guénon
Le rapprochement de ce signe Aum et du swastika, pris l’un et l’autre comme symboles du Christ, nous semble particulièrement significatif au point de vue où nous nous plaçons. (Le Roi du Monde, p. 16)
le swastika n’est pas une figure du monde, mais bien de l’action du Principe à l’égard du monde. (Le Symbolisme de la Croix, p. 49)
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction Le swastika condense une proposition centrale de la métaphysique traditionnelle : la cause véritable n’est pas entraînée dans le mouvement de ses effets. Plus un principe est central, moins il est soumis à l’agitation qu’il ordonne. L’immobilité du point ne marque donc pas un défaut d’activité, mais un mode d’action supérieur.
Cette structure explique son association à la royauté du monde, au Christ envisagé comme principe, à Aum et aux centres spirituels. Ces rapprochements ne font pas de tous les symboles des synonymes interchangeables. Ils montrent des aspects différents d’une même relation entre le centre, l’axe et le déploiement cosmique.
La prudence historique reste nécessaire. Dans un contexte contemporain, la forme évoque immédiatement le national-socialisme et ses crimes. Une étude doctrinale peut rappeler l’antiquité et l’universalité du signe sans demander qu’il soit réintroduit dans l’usage public ni ignorer ce que cet usage signifie désormais pour la mémoire collective.
Un exemple pour approcher le sens
Regardez une roue autour de son moyeu. Les points de la jante parcourent une distance d’autant plus grande qu’ils sont éloignés du centre. Le moyeu, lui, demeure sur l’axe et rend la rotation possible. Si l’axe se déplace au hasard, la roue cesse d’accomplir sa fonction.
Le swastika retient moins la jante que l’impulsion des rayons. Ses branches coudées rendent visible le mouvement, et leur croisement rappelle que ce mouvement n’existe comme ordre qu’à partir d’un point qui ne lui appartient pas de la même manière.
Références internes
Le Roi du Monde · Le Symbolisme de la Croix · La Grande Triade · Agarttha · Les centres spirituels secondaires · Le Pôle · La Croix · La double spirale · L’Arbre du Milieu · Le Centre spirituel