En une phrase

Les cinq éléments sont moins des substances chimiques que les principes qualitatifs selon lesquels le monde corporel se différencie, de l’Éther primordial jusqu’à la Terre.

Exposé métaphysique

Synthèse de la « Théorie hindoue des cinq éléments » publiée dans les Mélanges, formulée par l'encyclopédie.

La série hindoue comprend l’Éther, ou Âkâsha, l’Air, ou Vâyu, le Feu, ou Têjas, l’Eau, ou Apa, et la Terre, ou Prithvî. Cet ordre est celui de leur développement. Il ne place donc pas l’Éther après les quatre éléments comme un supplément hypothétique : il le pose au commencement de la différenciation du monde physique.

Le mot « élément » prête à confusion depuis que la chimie l’applique à des corps définis par leur composition atomique. Les éléments traditionnels ne sont pas des espèces de matière placées côte à côte. Ils sont des conditions qualitatives de la manifestation corporelle. Tout corps concret participe de plusieurs d’entre elles, selon une proportion et une organisation qui lui sont propres.

L’Éther est primitivement homogène. Il correspond à l’étendue envisagée comme milieu indifférencié et porte en puissance la qualité sonore. Un mouvement élémentaire y produit la première différenciation, l’Air. Les déterminations suivantes font apparaître le Feu, l’Eau et la Terre, dans un progrès de condensation et de complexité qualitative. Le dernier terme ne supprime pas les précédents ; il les enveloppe sous une modalité plus déterminée.

À cette série répond celle des qualités sensibles et des sens. Le son se rapporte à l’Éther et à l’ouïe ; le toucher à l’Air ; la visibilité au Feu ; la saveur à l’Eau ; l’odeur à la Terre. Cette correspondance n’est pas une classification empirique ajoutée après coup. Elle exprime l’unité de l’acte par lequel une qualité se manifeste dans le monde et devient perceptible à l’être corporel.

Derrière les éléments grossiers se trouvent les tanmâtras, déterminations essentielles des qualités sensibles à un état subtil. Ils ne sont pas eux-mêmes des sensations ni de minuscules éléments matériels. Ils constituent les principes immédiats dont les qualités corporelles sont les expressions. La cosmologie relie ainsi l’expérience des sens à des degrés que les sens ne peuvent atteindre par leurs seuls moyens.

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Citations de Guénon

L’ordre dans lequel ils sont énumérés est celui de leur développement, conformément à l’enseignement du Véda. (Mélanges, p. 67)

En effet, l’Éther, envisagé en lui-même, est primitivement homogène. (Mélanges, p. 68)

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction Deux précautions gouvernent la lecture. D’abord, il ne faut pas demander à cette doctrine de remplacer la physique expérimentale. Elle ne décrit pas les mêmes objets et ne procède pas au même niveau. Ensuite, il ne faut pas la réduire à une symbolique arbitraire ajoutée aux phénomènes. Elle affirme que la qualité a une structure cosmique, et que les sens eux-mêmes participent de cette structure.

L’ordre de développement possède aussi un ordre inverse de résorption. Ce qui s’est déterminé à partir de l’Éther retourne, lors de la dissolution de la forme, vers des états moins différenciés. La série des éléments constitue donc à la fois une cosmologie du déploiement et une indication du retour des formes à leurs principes immédiats.

Un exemple pour approcher le sens

Une même mélodie peut être écrite, jouée, entendue et mesurée. La mesure de ses fréquences est exacte dans son ordre, mais elle ne suffit pas à expliquer la forme musicale qui rend les sons intelligibles comme mélodie. Il serait également faux de nier les fréquences au nom de la musique.

La théorie des éléments se situe du côté des conditions qualitatives qui rendent un monde sensible possible. La chimie analyse ce qui est déjà donné comme corps ; la cosmologie traditionnelle remonte vers les principes selon lesquels une qualité corporelle peut apparaître et être perçue.

Références internes

Mélanges · Purusha et Prakriti · Mesure et manifestation · Hylè et materia prima · Essence, substance et accident · La tradition hindoue · Les six darshanas · La science traditionnelle · La science profane · les Possibilités éternelles de l’Être