Définition

La science profane connaît certains faits et certaines lois, mais elle les isole des principes qui seuls pourraient leur donner une portée intellectuelle et une place dans l’ordre total.

Exposé métaphysique

Synthèse de la position de Guénon dans La Crise du Monde moderne, Mélanges et Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, formulée par l'encyclopédie.

Guénon ne reproche pas d’abord à la science moderne de produire des résultats faux. Son objection porte sur la limitation qui définit son point de vue. Cette science retient le domaine matériel ou sensible, déclare inconnaissable ce qui le dépasse, puis traite cette restriction méthodique comme si elle délimitait le réel lui-même.

Trois conséquences en résultent.

  1. La fragmentation. Chaque spécialité découpe un secteur de la nature et développe ses méthodes propres, sans science supérieure capable d’en établir l’unité. L’analyse se multiplie à mesure que la synthèse devient impossible.
  2. La réduction quantitative. Sont tenus pour scientifiques les faits qui se mesurent, se comptent et se pèsent. Les qualités ne sont admises qu’après avoir été traduites en grandeurs. Le savoir épouse ainsi le mouvement général du Règne de la Quantité.
  3. La primauté de l’application. La valeur d’une théorie se confond peu à peu avec son efficacité technique. La connaissance devient moyen de production et de domination, au lieu d’ordonner l’action à des principes.

Une vérité partielle obtenue par ce moyen reste vraie dans les limites exactes où elle est constatée. Mais elle n’acquiert pas pour autant le statut d’une science traditionnelle. Celle-ci rattache les données d’un ordre inférieur aux principes et les emploie comme symboles ou applications. La science profane, au contraire, les présente comme autonomes et tend à leur attribuer une compétence universelle.

Le terme profane désigne donc une séparation. Il ne condamne pas toute étude de la nature ; il qualifie une étude coupée du sacré, c’est-à-dire de son principe et de sa fin supérieure.

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Citations de Guénon

La conception moderne, au contraire, prétend rendre les sciences indépendantes, en niant tout ce qui les dépasse, ou tout au moins en le déclarant « inconnaissable » et en refusant d’en tenir compte (La Crise du Monde moderne, p. 36)

La science moderne, procédant d’une limitation arbitraire de la connaissance à un certain ordre particulier, et qui est le plus inférieur de tous, celui de la réalité matérielle ou sensible, a perdu (La Crise du Monde moderne, p. 43)

Lecture du commentaire arabe

Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Chaque proposition a été confrontée le 7 octobre 2026 aux notes et présentations du traducteur, dont la référence suit la phrase ; la notice arabe consacrée à ce sujet réunit le dossier complet.

Dans ses remarques de traducteur sur l’introduction du Le Règne de la Quantité, le Cheikh indique qu’il a préféré rendre le mot « profane » de Guénon par l’adjectif arabe zâhirî, « extérieur, apparent », parce que son emploi chez l’auteur est identique ou très proche de celui du verset 7 de la sourate al-Rûm, selon lequel certains connaissent un aspect apparent de la vie présente et sont inattentifs à l’au-delà (Le Règne de la Quantité, remarques du traducteur sur l’introduction). La note qu’il place au chap. 6, à propos de la science extérieure et de son caractère quantitatif, cite de nouveau ce verset (Le Règne de la Quantité, note du traducteur au chap. 6).

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction La critique guénonienne n’est ni un refus des faits ni une préférence sentimentale pour le passé. Elle demande quel rang revient à une connaissance déterminée. Une mesure physique peut être exacte sans répondre à une question métaphysique ; l’erreur commence lorsqu’on conclut de son exactitude que la question métaphysique n’a pas de sens.

Cette distinction permet aussi d’éviter une fausse conciliation. On ne rend pas une doctrine traditionnelle plus certaine en cherchant pour elle une confirmation provisoire dans une hypothèse scientifique. Le supérieur ne reçoit pas sa validité de l’inférieur.

Références internes

La Crise du Monde moderne · Mélanges · Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps · Orient et Occident · La science traditionnelle · Le Règne de la Quantité · La Quantité · L’Occident · l’Infini et l’Indéfini · Le Continu et la divisibilité indéfinie