En une phrase
La science profane connaît certains faits et certaines lois, mais elle les isole des principes qui seuls pourraient leur donner une portée intellectuelle et une place dans l’ordre total.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans La Crise du Monde moderne, Mélanges et Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, formulée par l'encyclopédie.
Guénon ne reproche pas d’abord à la science moderne de produire des résultats faux. Son objection porte sur la limitation qui définit son point de vue. Cette science retient le domaine matériel ou sensible, déclare inconnaissable ce qui le dépasse, puis traite cette restriction méthodique comme si elle délimitait le réel lui-même.
Trois conséquences en résultent.
- La fragmentation. Chaque spécialité découpe un secteur de la nature et développe ses méthodes propres, sans science supérieure capable d’en établir l’unité. L’analyse se multiplie à mesure que la synthèse devient impossible.
- La réduction quantitative. Sont tenus pour scientifiques les faits qui se mesurent, se comptent et se pèsent. Les qualités ne sont admises qu’après avoir été traduites en grandeurs. Le savoir épouse ainsi le mouvement général du Règne de la Quantité.
- La primauté de l’application. La valeur d’une théorie se confond peu à peu avec son efficacité technique. La connaissance devient moyen de production et de domination, au lieu d’ordonner l’action à des principes.
Une vérité partielle obtenue par ce moyen reste vraie dans les limites exactes où elle est constatée. Mais elle n’acquiert pas pour autant le statut d’une science traditionnelle. Celle-ci rattache les données d’un ordre inférieur aux principes et les emploie comme symboles ou applications. La science profane, au contraire, les présente comme autonomes et tend à leur attribuer une compétence universelle.
Le terme profane désigne donc une séparation. Il ne condamne pas toute étude de la nature ; il qualifie une étude coupée du sacré, c’est-à-dire de son principe et de sa fin supérieure.
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Citations de Guénon
La conception moderne, au contraire, prétend rendre les sciences indépendantes, en niant tout ce qui les dépasse, ou tout au moins en le déclarant « inconnaissable » et en refusant d’en tenir compte (La Crise du Monde moderne, p. 36)
La science moderne, procédant d’une limitation arbitraire de la connaissance à un certain ordre particulier, et qui est le plus inférieur de tous, celui de la réalité matérielle ou sensible, a perdu (La Crise du Monde moderne, p. 43)
Lecture du commentaire arabe
Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Voir la notice arabe correspondante pour le dossier de lecture. Les attributions détaillées de ce résumé restent à confronter aux notes originales ; ce renvoi secondaire ne vaut pas vérification de chaque proposition.
Ce choix terminologique est reformulé par l’encyclopédie. Miftāḥ rend volontiers profane par un mot arabe qui signifie « extérieur » ou « apparent », en le rapprochant du verset selon lequel certains « connaissent un aspect apparent de la vie présente et sont inattentifs à l’au-delà ». Ce choix montre que le défaut de la science profane n’est pas l’absence de toute information : c’est une connaissance réelle de l’apparent devenue voile lorsqu’elle prétend être la connaissance entière.
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction La critique guénonienne n’est ni un refus des faits ni une préférence sentimentale pour le passé. Elle demande quel rang revient à une connaissance déterminée. Une mesure physique peut être exacte sans répondre à une question métaphysique ; l’erreur commence lorsqu’on conclut de son exactitude que la question métaphysique n’a pas de sens.
Cette distinction permet aussi d’éviter une fausse conciliation. On ne rend pas une doctrine traditionnelle plus certaine en cherchant pour elle une confirmation provisoire dans une hypothèse scientifique. Le supérieur ne reçoit pas sa validité de l’inférieur.
Un exemple pour approcher le sens
On peut décrire une cathédrale par sa hauteur, la résistance de ses pierres, la fréquence sonore de sa nef et le nombre d’heures nécessaires à sa construction. Toutes ces données sont exactes. Aucune ne dit pourquoi l’édifice est orienté, pourquoi sa forme porte un symbolisme, ni à quel acte sacré il est destiné.
La science profane possède les mesures ; elle devient réductrice lorsqu’elle affirme que l’édifice n’est rien de plus que l’ensemble de ces mesures.
Références internes
La Crise du Monde moderne · Mélanges · Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps · Orient et Occident · La science traditionnelle · Le Règne de la Quantité · La Quantité · L’Occident · l’Infini et l’Indéfini · Le Continu et la divisibilité indéfinie