Définition
La mesure est quantitative dans le monde corporel, mais elle symbolise plus universellement la détermination par laquelle une possibilité reçoit les conditions propres de sa manifestation.
Exposé métaphysique
Synthèse du chapitre III du Règne de la Quantité et les Signes des Temps, formulée par l'encyclopédie.
L’erreur moderne ne consiste pas à mesurer, mais à faire de la mesure le critère de toute connaissance. Guénon commence donc par lui restituer son domaine propre. Au sens littéral, mesurer signifie appliquer le nombre à une quantité continue, d’abord à l’étendue, puis indirectement au temps par l’intermédiaire du mouvement.
Cette application comporte une dissymétrie. La quantité n’est pas l’objet mesuré, mais ce par quoi les choses sont mesurées. Une longueur concrète reçoit une expression numérique parce qu’on la rapporte à une unité choisie. Comme le nombre est discontinu et l’étendue continue, l’expression demeure liée aux limites de cette correspondance.
Guénon transpose ensuite la notion. Tout ce qui se manifeste doit recevoir une détermination : un état d’existence, des conditions, une forme de présence. Cette assignation peut être symbolisée par la mesure spatiale, bien qu’elle ne soit véritablement quantitative que dans le monde corporel. La mesure devient ainsi le symbole du passage de la possibilité non encore déterminée à sa réalisation sous un mode particulier.
Ce sens explique le rapport de la mesure et de l’ordre. Le cosmos est le monde ordonné, distingué du chaos indéfini. Le rayon issu d’un centre rend visible l’espace qu’il parcourt ; la croix à trois dimensions fixe les directions et « réalise » symboliquement l’étendue. Dans la tradition hindoue, les trois pas de Vishnu mesurent les trois mondes parce qu’ils en effectuent la manifestation ordonnée.
Il ne s’ensuit pas que le principe soit mesurable. La détermination concerne ce qui entre dans la manifestation, non sa source. Confondre ces niveaux reviendrait à soutenir que l’instrument qui trace une figure contient la raison de la forme tracée.
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Citations de Guénon
La quantité n’est pas ce qui est mesuré, mais au contraire ce par quoi les choses sont mesurées. (Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, p. 20)
Au fond, la mesure est alors une « assignation » ou une « détermination », nécessairement impliquée par toute manifestation, dans quelque ordre et sous quelque mode que ce soit. (Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, p. 20)
Lecture du commentaire arabe
Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Chaque proposition a été confrontée le 7 octobre 2026 aux notes et présentations du traducteur, dont la référence suit la phrase ; la notice arabe consacrée à ce sujet réunit le dossier complet.
Dans une note, le Cheikh rend le passage de la permanence dans la science divine à l’existence concrète avec le vocabulaire de la gnose soufie : la permanence cognitive (al-thubūt al-ʿilmī) est l’existence des possibles dans la science de Dieu; leur existence concrète déterminée est leur manifestation à eux-mêmes et les uns aux autres. Tout ce qui entre dans cette existence entre nécessairement dans la détermination (taqdīr), la spécification et la délimitation, ce que Guénon exprime par ce qui peut être mesuré; ce qui demeure dans les trésors cachés échappe à toute mesure, selon le verset 15:21 : toute chose a ses trésors auprès de Dieu, et il ne la fait descendre que selon une mesure connue (Le Règne de la Quantité, note du traducteur au chapitre 3). Il observe aussi que, dans la langue coranique, le sens de mesure est exprimé par taqdīr, tandis que le sens numérique l’est par iḥṣāʾ, comme dans 72:28 (même chapitre), et il rassemble des versets sur le taqdīr, le qadar et la balance (même chapitre).
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction La page relie deux sens sans les confondre. La mesure physique compare des grandeurs ; la mesure cosmologique détermine analogiquement un domaine de manifestation. Le premier sens fournit le symbole du second parce que l’espace rend les déterminations visibles.
Cette distinction protège simultanément la science et la métaphysique. Elle laisse à la mesure toute sa rigueur dans l’ordre quantitatif, mais lui interdit de déclarer inexistant ce qui ne relève pas de cet ordre.
Références internes
Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps · Quantité et qualité · Le Continu et la divisibilité indéfinie · La Quantité · Création et manifestation · Hylè et materia prima · Al-ʿAmâ et les deux ténèbres · Le Règne de la Quantité · Le Destin et la Mesure · La Croix