En une phrase
La personnalité est le Soi universel dont procèdent tous les états de l’être, tandis que l’individualité est seulement l’une de ses déterminations formelles et conditionnées.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans L'Homme et son devenir selon le Vêdânta et Les États multiples de l'être, formulée par l'encyclopédie.
Guénon emploie « personnalité » dans un sens métaphysique qui ne coïncide ni avec le tempérament, ni avec le caractère, ni avec la « personne humaine » du langage philosophique moderne. La personnalité désigne le Soi, principe transcendant et permanent de l’être. Elle appartient à l’ordre universel et ne saurait être enfermée dans les conditions particulières d’un individu.
L’individualité humaine est une manifestation de ce principe sous des conditions déterminées. Elle ne se réduit pas au corps : elle comprend aussi des modalités subtiles, psychiques et mentales. En ce sens, elle est beaucoup plus étendue que ne l’admet le matérialisme. Mais elle est en même temps beaucoup moins que l’être total, puisqu’elle ne représente qu’un état parmi une multiplicité indéfinie d’états individuels et supra-individuels.
La distinction peut être ordonnée selon quatre rapports :
- Principe et manifestation. La personnalité est le principe ; l’individualité est une de ses manifestations.
- Universel et individuel. Le premier terme ne constitue pas un genre plus vaste que le second. Il est d’un autre ordre et ne lui est pas symétrique.
- Permanent et transitoire. Les conditions individuelles se modifient et se résorbent ; elles n’affectent pas le Soi dont elles tiennent leur réalité.
- Soi et moi. Le moi est le centre relatif de la conscience individuelle. Le Soi est le principe qui rend cette conscience possible sans se confondre avec elle.
L’Occident moderne renverse cette hiérarchie lorsqu’il appelle « personnalité » l’ensemble des traits psychologiques les plus distinctifs. Il valorise alors ce qui sépare un individu d’un autre et perd le sens du principe commun qui dépasse toute particularisation. Certaines écoles pseudo-orientales aggravent la confusion en donnant aux deux mots un sens exactement inverse de leur rapport traditionnel.
La réalisation métaphysique n’ajoute donc pas une personnalité plus riche à l’individualité. Elle universalise l’être en dissipant l’illusion selon laquelle son état humain constituerait tout ce qu’il est. L’individualité n’est pas niée comme pure apparence ; elle est remise à sa place, réelle dans son ordre et dépendante dans son principe.
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Citations de Guénon
En tout cas, la personnalité, entendue métaphysiquement, n’a rien de commun avec ce que les philosophes modernes appellent si souvent la « personne humaine » (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 15)
Le « Soi », considéré par rapport à un être comme nous venons de le faire, est proprement la personnalité (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 16)
La personnalité, insistons-y encore, est essentiellement de l’ordre des principes au sens le plus strict de ce mot, c’est-à-dire de l’ordre universel (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 17)
Lecture du commentaire arabe
Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Voir la notice arabe correspondante pour le dossier de lecture. Les attributions détaillées de ce résumé restent à confronter aux notes originales ; ce renvoi secondaire ne vaut pas vérification de chaque proposition.
Le rapprochement islamique présenté par le Cheikh Miftāḥ, ici reformulé par l’encyclopédie, fait correspondre structurellement la personnalité au principe spirituel et l’individualité à l’âme conditionnée. Il ne s’agit pas de poser une identité lexicale absolue entre Âtmâ et rūḥ, ou entre le moi et la nafs, mais de préserver la hiérarchie du principe et de ses états.
Le commentaire souligne ainsi que l’âme humaine possède elle-même plusieurs degrés et ne se réduit pas aux tendances inférieures. Sa purification peut la ramener à l’équilibre de l’état humain ; elle ne devient pourtant universelle qu’en tant qu’elle cesse de se prendre pour le principe autonome de l’être. La connaissance du Soi ne perfectionne pas l’égocentrisme, elle en abolit la prétention métaphysique.
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction Cette page donne au mot « personnalité » un sens presque opposé à son emploi courant. Plus une qualité est propre à un individu, moins elle relève ici de la personnalité métaphysique. La personnalité n’est pas ce qui rend Pierre différent de Paul, mais le principe universel sans lequel ni Pierre ni Paul ne posséderaient aucun degré de réalité.
Il faut toutefois éviter de traiter l’individualité comme un néant. Elle est contingente, non inexistante ; relative, non arbitraire. Sa réalité est une réalité de participation. La confusion commence lorsqu’elle s’attribue ce qu’elle reçoit et se ferme comme si elle formait un être complet.
Un exemple pour approcher le sens
Une même lumière traverse plusieurs vitraux. Chaque fenêtre lui donne une couleur, un dessin et une étendue déterminés. Ces caractères sont réels dans la salle : le rouge n’est pas le bleu, et chaque figure produit un effet distinct. Ils ne sont pourtant pas la source de la lumière.
L’individualité ressemble au vitrail, avec sa forme et ses conditions propres. La personnalité correspond, par analogie seulement, à la lumière qui rend toutes ces formes visibles sans être enfermée dans aucune. Briser le vitrail n’ajouterait rien à la lumière ; le comprendre consiste plutôt à reconnaître ce qu’il transmet et ce qu’il ne saurait contenir.
Références internes
L’Homme et son devenir selon le Vêdânta · Les États multiples de l’être · L’Homme Universel · L’homme véritable et l’homme transcendant · Atmâ · Nâma-Rûpa · Moksha · Brahma · Mâyâ · Vêdânta