Définition

Toute manifestation est contingente sous le rapport de ses conditions, mais nécessaire dans le principe qui contient sa possibilité et lui donne sa raison suffisante.

Exposé métaphysique

Synthèse de la position de Guénon dans Les États multiples de l'être, principalement le chapitre « Nécessité et contingence », formulée par l'encyclopédie.

La difficulté vient de ce que la pensée ordinaire oppose nécessité et contingence comme deux propriétés incompatibles attribuées à une même chose. Guénon les rapporte à deux points de vue différents. Une chose est contingente lorsqu’elle ne possède pas en elle-même sa raison suffisante ; elle est nécessaire lorsqu’on la considère dans le principe dont elle procède.

La manifestation, prise comme telle, est conditionnée, transitoire et limitée. Elle aurait pu ne pas apparaître sous telle modalité particulière, et aucune de ses formes ne s’explique entièrement par elle-même. Sous ce rapport, elle est contingente. Cette contingence n’équivaut pourtant ni au hasard absolu ni à une absence de réalité.

Toute possibilité de manifestation est comprise dans la Possibilité universelle. Elle possède ainsi une racine permanente et une raison principielle. Dire qu’elle doit se manifester en vertu de sa nature ne signifie pas qu’une contrainte extérieure s’exerce sur le principe. Cela signifie que ce qui est véritablement possible ne peut être exclu du Tout et reçoit le mode de réalisation qui convient à sa nature.

La relation est irréversible. Le principe nécessite la manifestation sans être nécessité par elle, comme une cause ne dépend pas de son effet sous le rapport même où elle en est la cause. La manifestation ne peut ajouter ni retirer quoi que ce soit à la Possibilité universelle. Elle exprime dans un mode transitoire ce qui possède principiellement une réalité permanente.

Cette doctrine permet d’éviter deux erreurs. La première fait du monde une illusion sans principe, presque identique au néant. La seconde attribue aux formes manifestées une nécessité autonome et aboutit à un déterminisme fermé. Chez Guénon, le relatif est réel dans son ordre, mais toute sa réalité dépend de ce qui le dépasse.

On peut ainsi distinguer le nécessaire par soi, qui n’emprunte sa raison à rien d’autre, et le nécessaire par un autre, qui reste contingent sous le rapport de sa forme propre mais reçoit sa nécessité de son principe. Le possible n’est pas un troisième royaume placé entre l’être et le néant : il est réel comme possibilité avant d’être réalisé selon une condition particulière.

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Citations de Guénon

La manifestation, qui est purement contingente en tant que telle, n’en est pas moins nécessaire dans son principe, de même que, transitoire en elle-même, elle possède cependant une racine absolument permanente dans la Possibilité universelle (Les États multiples de l’être, p. 66)

dire que la manifestation est nécessaire dans son principe, ce n’est pas autre chose, au fond, que de dire qu’elle est comprise dans la Possibilité universelle. (Les États multiples de l’être, p. 66)

Revenant à la contingence, nous pouvons, d’une façon générale, en donner la définition suivante : est contingent tout ce qui n’a pas en soi-même sa raison suffisante (Les États multiples de l’être, p. 67)

Lecture du commentaire arabe

Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Chaque proposition a été confrontée le 7 octobre 2026 aux notes et présentations du traducteur, dont la référence suit la phrase ; la notice arabe consacrée à ce sujet réunit le dossier complet.

Selon les notes du traducteur, la fixité dans la science (thubūt ʿilmī) est l’existence des possibles dans la science de Dieu, tandis que leur existence concrète déterminée est leur manifestation à eux-mêmes et les uns aux autres (Le Règne de la Quantité, note du traducteur). Les possibles, c’est-à-dire les entités immuables, objets connus de la science divine, sont éternels comme cette science éternelle ; leur existence concrète pour eux-mêmes est en revanche advenue, et tout ce qui entre dans l’existence manifestée devient limité (Les États multiples de l’être, note du traducteur). Tous les possibles, l’homme compris, ont la même indigence essentielle permanente envers l’Être véritable, car ils ne subsistent que par lui, qu’ils soient à l’état de fixité dans la science divine ou à celui d’existence concrète (Les États multiples de l’être, note du traducteur 4).

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction La nécessité dont il s’agit n’est pas la contrainte mécanique des sciences physiques. Elle est la cohérence d’une possibilité avec son principe. De même, la contingence n’est pas l’absence de toute cause ; elle désigne une réalité dont la cause ultime n’est pas en elle-même.

Le couple doit donc être lu verticalement. Sur le plan horizontal des conditions, un événement apparaît parmi d’autres et reste dépendant. Selon la verticale qui le rapporte à sa raison suffisante, il est compris dans un ordre nécessaire. Confondre les plans produit soit le fatalisme, soit le hasard absolu.

Références internes

Les États multiples de l’être · l’Infini et l’Indéfini · Personnalité et individualité · La Possibilité universelle · Connaissance et Conscience · les Possibilités éternelles de l’Être · Le manifesté et le non-manifesté · La liberté métaphysique