En une phrase
La métaphysique pure est la connaissance directe des principes universels, au-delà de toute nature, de toute forme et de toute limitation individuelle.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans La Métaphysique orientale, Les États multiples de l'être et Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, formulée par l'encyclopédie.
Le mot métaphysique doit d’abord être pris dans sa force : ce qui est au-delà de la physique, c’est-à-dire au-delà de la nature entière. La nature ne se réduit pas ici à la matière corporelle. Elle comprend tout ordre manifesté et conditionné, y compris les modalités subtiles que le psychisme moderne prend volontiers pour spirituelles.
La métaphysique n’est donc pas la partie la plus générale des sciences de la nature. Elle ne prolonge pas leur méthode vers des objets plus cachés. Elle change d’ordre, parce que son domaine est celui des principes dont la nature dépend. De là viennent quatre déterminations :
- Elle est universelle. Les principes ne sont ni orientaux ni occidentaux. Seules leurs expressions appartiennent à des formes traditionnelles.
- Elle est supra-rationnelle. La raison discursive peut préparer une formulation, mais l’intuition intellectuelle seule atteint directement son objet.
- Elle dépasse l’ontologie. L’Être pur est déjà une détermination; la Possibilité universelle comprend l’Être et le Non-Être.
- Elle est réalisable. La connaissance parfaite n’est pas une représentation extérieure. Elle implique l’identification du connaissant et du connu, selon le mode propre à la connaissance principielle.
Cette dernière proposition distingue le plus nettement Guénon de la philosophie. Un système philosophique ordonne des concepts sous la signature d’un auteur. La métaphysique emploie les concepts comme des supports provisoires et refuse de s’enfermer dans une construction individuelle. Elle ne demande pas au penseur d’inventer, mais à l’être de connaître et de devenir effectivement ce qu’il connaît.
Le terme pure exclut enfin les mélanges. Une cosmologie sacrée, une science du nombre ou une doctrine des cycles peut procéder de la métaphysique, mais elle n’est pas la métaphysique elle-même. La première considère des domaines déterminés; la seconde demeure au plan des principes universels.
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Citations de Guénon
La physique est l’étude de tout ce qui appartient au domaine de la nature ; ce qui concerne la métaphysique, c’est ce qui est au delà de la nature. (La Métaphysique orientale, p. 3)
Ainsi, quand Aristote envisageait la métaphysique comme la connaissance de l’être en tant qu’être, il l’identifiait à l’ontologie, c’est-à-dire qu’il prenait la partie pour le tout. (La Métaphysique orientale, p. 4)
Notes du Cheikh ʿAbd al-Bāqī Miftāḥ
Dans la note 8 de sa traduction de La Métaphysique orientale, Miftāḥ avertit que rendre union par ittiḥād peut introduire une ambiguïté. Il rappelle la réserve de soufis envers ce terme et cite Ibn Arabi à propos de l’union et de l’inhérence (ḥulūl). Il s’agit ici d’un résumé rédigé par l’encyclopédie, et non d’un passage traduit de l’arabe mot à mot.
Source arabe : الميتافيزيقا الشرقية, note du traducteur 8, commençant par « قد يُترجم البعضُ كلمة Union بلفظة اتّحاد ». Cette indication permet de distinguer la réserve terminologique attestée des développements interprétatifs de la rédaction.
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction L’expression ne désigne pas une discipline universitaire parmi d’autres. Elle nomme le point de vue à partir duquel les autres sciences traditionnelles reçoivent leur ordre. Une cosmologie séparée de ce point de vue devient spéculation; une méthode initiatique séparée de lui devient technique; un symbole séparé de lui devient ornement.
La métaphysique pure est ainsi le centre doctrinal de l’œuvre de Guénon. Les états multiples de l’être en explicitent une conséquence, l’accomplissement métaphysique en indique la voie effective, et la critique moderne montre ce qui arrive lorsque ce centre est oublié.
Le qualificatif pur ne marque pas une abstraction desséchée. Il protège au contraire la possibilité d’une connaissance intégrale contre les limites que lui imposeraient la psychologie, l’histoire ou le langage d’un système.
Un exemple pour approcher le sens
Un géomètre peut étudier chaque figure tracée sur une feuille : ses côtés, ses angles et ses transformations. Il peut aussi remonter aux principes qui rendent possibles toutes ces figures sans être eux-mêmes une figure particulière.
La comparaison reste inférieure à son objet, mais elle montre le changement de degré. Les sciences et les cosmologies étudient des configurations du possible. La métaphysique remonte à la possibilité même et à ce qui ne se laisse enfermer dans aucune configuration. Elle ne méprise pas les figures; elle les situe.
Références internes
La Métaphysique orientale · Les États multiples de l’être · Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues · Intuition intellectuelle · Possibilité universelle · Réalisation métaphysique · Mohyiddin ibn Arabi · Critique de l’orientalisme et de la science des religions · La connaissance pure