En une phrase

La Roue cosmique figure la manifestation en mouvement autour d’un centre immobile, de sorte que l’éloignement du centre accroît l’agitation tandis que le retour au moyeu délivre de la rotation.

Exposé métaphysique

Synthèse de la position de Guénon dans Aperçus sur l'ésotérisme islamique et le taoïsme, Symboles fondamentaux de la Science Sacrée et Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, formulée par l'encyclopédie.

La roue unit dans une même figure deux réalités qui semblent s’exclure : le changement incessant de la circonférence et l’immobilité du centre. Plus un point est éloigné du moyeu, plus grande est la distance qu’il parcourt au cours d’une révolution. Au centre même, le mouvement s’annule. Guénon lit dans cette loi géométrique une représentation exacte des rapports entre la manifestation et son Principe.

La circonférence correspond au domaine des formes individuelles. Les êtres y sont distingués, entraînés dans la succession et soumis aux alternances de naissance et de mort, de composition et de dissolution. Leur mouvement particulier s’ajoute au mouvement général du monde. Cette agitation n’est pas un accident extérieur : elle tient à la condition même de ce qui se trouve à la périphérie.

Le centre, au contraire, ne prend pas part à la rotation qu’il ordonne. Il représente le Principe, et, dans une application cosmologique plus déterminée, le pôle. Tous les rayons y coïncident avant de se séparer. Revenir au centre signifie donc dépasser les oppositions périphériques et réduire le moi distinct jusqu’au point où il cesse d’imposer son mouvement propre.

Cette réduction ne conduit pas à l’inertie. Le sage placé au centre ne devient pas incapable d’action ; il cesse d’agir à partir d’une volonté individuelle séparée. C’est le sens du non-agir taoïste. Sa présence suffit à ordonner la roue parce qu’elle coïncide avec son axe, tandis qu’une intervention périphérique ne ferait qu’ajouter un mouvement à d’autres mouvements.

La roue reçoit enfin une signification temporelle. Chacune de ses révolutions peut figurer un cycle, et ses secteurs les phases successives de ce cycle. Pourtant, la répétition circulaire n’est jamais pure identité. Le monde accomplit ses cycles sous une loi de manifestation qui comporte éloignement, épuisement puis restauration. La roue donne la structure générale de cette succession, tandis que la doctrine des cycles en précise les échelles et les proportions.

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Citations de Guénon

Placé au centre de la roue cosmique, le sage parfait la meut invisiblement, par sa seule présence, sans participer à son mouvement. (Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme, p. 45)

Tout ce qui est entraîné dans les révolutions de la roue change et passe. (Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme, p. 48)

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction La force du symbole tient à ce qu’il ne demande pas d’opposer deux mondes sans relation. Le centre et la circonférence appartiennent à une seule roue. Le Principe n’est pourtant pas un point parmi les autres : il est ce par quoi leur ordre et leur mouvement deviennent possibles.

Il faut également distinguer l’immobilité centrale de la passivité psychologique. Se retirer intérieurement de l’agitation ne consiste pas à refuser toute fonction dans le monde. La doctrine porte sur le lieu d’où procède l’action. À la périphérie, l’être agit sous l’effet des circonstances et de ses propres réactions. Au centre, l’action n’est plus appropriation individuelle.

La Roue cosmique fournit ainsi un lien naturel entre cosmologie et réalisation spirituelle. Elle décrit le monde, mais elle indique en même temps un itinéraire : du multiple vers l’unité, de la succession vers le présent principiel, de la réaction dispersée vers la présence axiale.

Un exemple pour approcher le sens

Sur un tour de potier, un grain d’argile placé au bord parcourt rapidement un grand cercle. Le même grain, rapproché de l’axe, décrit un cercle plus petit. Au point central, il ne se déplace presque plus, bien que le plateau entier continue de tourner.

La réalisation spirituelle n’exige pas que le potier arrête son tour. Elle consiste, selon l’image, à déplacer le principe de conscience de la périphérie vers l’axe. Les changements continuent alors dans leur ordre, mais ils ne déterminent plus intérieurement celui qui demeure au centre.

Références internes

Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme · Symboles fondamentaux de la Science Sacrée · Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps · les Cycles cosmiques · Le Pôle · La Superstition de la Vie · L’Axe du Monde · Manvantara · Kali-Yuga · Taoïsme