En une phrase
La liberté, au sens métaphysique, n’est pas la faculté psychologique de choisir entre plusieurs possibilités déjà données, mais l’absence de limitation qui croît avec la réalisation de l’unité et devient absolue dans la non-dualité.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans Les États multiples de l'être, formulée par l'encyclopédie.
Guénon place la liberté au terme de son étude des états multiples parce qu’elle en est une conséquence, non un problème isolé de philosophie morale. Les controverses sur le déterminisme opposent généralement une volonté individuelle à des causes qui la contraindraient. Elles demeurent donc dans le domaine même dont il faudrait examiner les conditions.
La démonstration métaphysique part de la possibilité. Si la liberté est possible, elle possède une réalité dans la Possibilité universelle. Il faut alors préciser ce qu’elle signifie : l’absence de contrainte, la contrainte étant une limitation et, par là, une négation. La liberté se rattache directement à la non-dualité, car une opposition capable de limiter ne se pose plus là où aucune dualité ne subsiste.
Cette définition permet de distinguer trois degrés.
- La liberté relative appartient à tout être dans la mesure où celui-ci participe à une certaine unité. Elle s’exerce à l’intérieur de conditions définies et ne les abolit pas.
- La liberté humaine est un cas de cette liberté relative. Les choix de l’individu ont leur réalité propre, mais ils ne constituent ni le modèle ni la totalité de la liberté.
- La liberté absolue ne convient qu’à l’être délivré de toute condition limitative, donc réalisé dans la totalité et identifié à son principe.
La multiplicité n’est pas supprimée comme si elle n’avait jamais existé. Elle est comprise dans l’unité qui la fonde et cesse par conséquent d’être une contrainte extérieure. Plus l’être réalise son unité, plus son action procède de ce qu’il est au lieu de subir une détermination étrangère.
La liberté absolue ne doit donc pas être imaginée comme une indifférence entre des options équivalentes. Une telle hésitation peut signaler au contraire que l’individu ignore encore sa propre nature et les raisons de son acte. Au degré suprême, connaissance et être ne se séparent plus, et la liberté coïncide avec la nécessité intérieure du principe.
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Citations de Guénon
Pour prouver métaphysiquement la liberté, il suffit, sans s’embarrasser de tous les arguments philosophiques ordinaires, d’établir qu’elle est une possibilité (Les États multiples de l’être, p. 69)
Pour cela, nous pouvons d’abord définir la liberté comme l’absence de contrainte (Les États multiples de l’être, p. 69)
Lecture du commentaire arabe
Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Voir la notice arabe correspondante pour le dossier de lecture. Les attributions détaillées de ce résumé restent à confronter aux notes originales ; ce renvoi secondaire ne vaut pas vérification de chaque proposition.
Le commentaire de la source arabe est ici reformulé par l’encyclopédie. Le Cheikh rapproche cette doctrine du vocabulaire akbarien de la prédisposition et du décret : l’être ne reçoit pas son accomplissement comme une violence exercée du dehors, mais manifeste ce qui correspond à sa réalité principielle selon son degré de connaissance.
Ce rapprochement ne transforme pas la liberté en fatalisme. Il indique plutôt que l’individu séparé n’est pas le principe ultime de l’acte. Plus la prétention à l’autonomie individuelle se résorbe dans l’unité, moins la nécessité apparaît comme une contrainte étrangère.
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction La difficulté de cette page tient au mot liberté lui-même. Le vocabulaire politique et psychologique l’emploie pour désigner des droits, des possibilités d’action ou la capacité de décider. Ces sens ne sont pas niés, mais situés dans un domaine relatif.
La transposition métaphysique porte la question du choix vers celle de la limitation. Il ne s’agit plus de demander combien de portes l’individu peut ouvrir dans une pièce, mais pourquoi il se trouve enfermé dans la pièce et en quel sens son être véritable excède ses murs.
Un exemple pour approcher le sens
Un musicien débutant peut choisir au hasard plusieurs notes. Cette latitude est réelle, mais elle ne suffit pas à produire une musique libre. Le maître, qui connaît parfaitement le mode, paraît parfois suivre une nécessité plus stricte ; pourtant son jeu est plus libre parce que la règle n’agit plus sur lui comme une contrainte extérieure.
La comparaison demeure limitée, mais elle montre pourquoi le simple nombre d’options ne mesure pas la liberté. La maîtrise consiste à intégrer la règle jusqu’à ce que l’acte procède d’une unité intérieure. La liberté métaphysique porte cette intégration au-delà de toute condition particulière.
Références internes
Les États multiples de l’être · L’Homme Universel · La Voie du Milieu · La réalisation ascendante et descendante · Et-Tawhîd · La Délivrance · La réalisation métaphysique · Nécessité et contingence · Le manifesté et le non-manifesté · Les états multiples de l’être