En une phrase

La Voie du Milieu est d’abord l’axe vertical qui élève l’être depuis le centre de son état, puis, au sens absolu, le centre total où il n’existe plus ni direction privilégiée ni opposition.

Exposé métaphysique

Synthèse de la position de Guénon dans La Grande Triade, formulée par l'encyclopédie.

L’expression pourrait évoquer une prudence morale située à égale distance de deux excès. Ce sens n’est pas faux dans son ordre, mais Guénon le transpose dans une géométrie métaphysique. Le milieu véritable est le centre, non un compromis obtenu sur la circonférence.

Dans un état déterminé, le centre est le point où les tendances opposées s’équilibrent. L’être qui l’atteint réalise la plénitude de cet état et devient l’Homme véritable dans le langage extrême-oriental. Il n’est plus dispersé entre les directions horizontales, mais demeure encore à un degré particulier de l’existence.

La Voie du Milieu prend alors un premier sens relatif : elle est l’axe vertical qui part de ce centre et conduit vers les états supérieurs. On peut encore y parler de haut et de bas, de progression et d’ascension, parce que le voyageur parcourt la hiérarchie des mondes.

Au terme, l’être ne se contente pas d’atteindre un point supérieur de l’axe. Il s’identifie à l’axe lui-même. Le pôle terrestre et le pôle céleste cessent d’être pour lui deux extrémités séparées. Le centre total est alors milieu dans tous les sens : droite et gauche, avant et arrière, haut et bas n’y introduisent plus aucune dualité.

Cette doctrine explique le rapport entre l’Homme véritable et l’Homme transcendant. Le premier a restauré le centre de l’état humain ; le second a dépassé cet état et réalisé la fonction axiale dans son universalité. La voie n’ajoute donc pas un troisième terme au Ciel et à la Terre. Elle manifeste ce par quoi l’Homme les relie et les réunit.

Le Tao peut être nommé Voie, mais la formule traditionnelle avertit que la voie susceptible d’être parcourue n’est pas la Voie absolue. Tant qu’un sujet avance vers un but, la distinction subsiste. Au centre total, la voie, le voyageur et le terme ne se présentent plus comme trois réalités séparées.

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Citations de Guénon

Tenu ainsi dans la position verticale, le vajra représente la « Voie du Milieu » (qui est aussi, comme on le verra plus loin, la « Voie du Ciel ») (La Grande Triade, p. 35)

C’est encore la véritable « Voie du Milieu », dans son acception absolue, car c’est ce centre seul qui est le « Milieu » dans tous les sens (La Grande Triade, p. 119)

Lecture du commentaire arabe

Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Voir la notice arabe correspondante pour le dossier de lecture. Les attributions détaillées de ce résumé restent à confronter aux notes originales ; ce renvoi secondaire ne vaut pas vérification de chaque proposition.

Le rapprochement avec le vocabulaire islamique est ici reformulé par l’encyclopédie. Le Cheikh lit la Voie du Milieu à la lumière du chemin droit et de la communauté du milieu. La rectitude n’est pas seulement un équilibre social ; elle est l’orientation sans déviation qui relie le serviteur à son principe.

Il associe également l’axe à l’ascension spirituelle. Le voyage ne se fait pas entre deux opinions situées sur le même plan, mais depuis le centre de l’homme vers les degrés supérieurs. Le retour vers les créatures n’abolit pas cette centralité lorsqu’il procède d’une réalisation achevée.

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction Cette page donne la clef de plusieurs images guénoniennes. Le centre, le pôle, le moyeu, l’axe du monde et le chemin droit ne sont pas une collection de métaphores. Ils expriment la même structure à des échelles différentes.

Il faut surtout distinguer l’équilibre du centre et l’immobilité ultime. Le premier restaure l’ordre humain et rend l’ascension possible. La seconde appartient au centre universel, où les contraires ne sont plus seulement équilibrés mais ramenés à leur principe commun.

Un exemple pour approcher le sens

Sur le plan d’une tour, on peut marcher d’une pièce à l’autre sans quitter le même étage. Pour monter, il faut d’abord rejoindre l’escalier placé autour du noyau central. Les déplacements horizontaux ne remplacent pas cette approche du centre.

À mesure que l’on monte, chaque étage possède encore son centre. L’axe de la tour les relie tous sans appartenir exclusivement à aucun. La Voie du Milieu est comparable à cet axe ; le centre absolu ne se confond pas avec un palier, mais comprend la possibilité de tous les niveaux.

Références internes

La Grande Triade · Taoïsme · L’Homme Universel · La liberté métaphysique · La réalisation ascendante et descendante · L’Axe du Monde · L’homme véritable et l’homme transcendant · Le Pôle · Le Ciel, la Terre et l’Homme · La Délivrance