En une phrase
Et-Tawhîd affirme que le Principe de toute existence est essentiellement Un, Unité invariable et transcendante que la multiplicité des manifestations et des formes traditionnelles ne saurait affecter.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans Aperçus sur l'ésotérisme islamique et le taoïsme et Les États multiples de l'être, formulée par l'encyclopédie.
Guénon traduit Et-Tawhîd par « doctrine de l’Unité », tout en indiquant que le mot de monothéisme en restreint la portée. Le monothéisme peut être entendu comme l’affirmation religieuse d’un seul Dieu par opposition à plusieurs. Le Tawhîd porte plus radicalement sur l’unité essentielle du Principe, au-delà de toute multiplicité, y compris de celle que suggérerait une unité simplement numérique.
Cette doctrine est commune au fond de toutes les traditions orthodoxes. Si le Principe est Un, la vérité principielle ne peut devenir multiple en passant d’une forme traditionnelle à une autre. Les doctrines diffèrent dans leurs langages, leurs rites et leurs applications parce qu’elles répondent à des conditions humaines différentes. Leur identité apparaît le plus nettement au niveau où elles affirment l’Unité dont procèdent ces adaptations.
La formule arabe selon laquelle « la doctrine de l’Unité est unique » exclut donc autant le syncrétisme que l’exclusivisme. Le syncrétisme assemble de l’extérieur des éléments hétérogènes, comme si l’unité devait être fabriquée. L’exclusivisme attribue au seul vêtement formel ce qui appartient au principe. L’unité véritable est antérieure aux formes et demeure entière dans chacune des formes régulières, selon le mode qui lui convient.
Guénon en tire une conséquence concernant le polythéisme. Une tradition authentique ne pose pas plusieurs principes absolus et irréductibles. Les divinités multiples représentent des fonctions, des attributs ou des aspects du Principe. Le polythéisme réel apparaît lorsque ces déterminations sont isolées de leur source et prises pour autant d’absolus indépendants. Il est ainsi une dégénérescence de la compréhension, non la doctrine originelle.
L’Islam donne au Tawhîd une expression extérieure d’une netteté particulière. Cette insistance correspond à sa situation cyclique et à sa fonction de forme traditionnelle dernière dans le monde occidental. À mesure que l’humanité s’éloigne des principes, l’affirmation de l’Unité doit devenir plus explicite. L’ésotérisme islamique ne remplace pas cette affirmation; il en réalise intérieurement toutes les conséquences.
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Citations de Guénon
Mais « la doctrine de l’Unité est unique » (suivant la formule arabe : Et-Tawhîdu wâhidun), c’est-à-dire qu’elle est partout et toujours la même, invariable comme le Principe (Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme, p. 16)
C’est pourquoi les formes traditionnelles les plus récentes sont celles qui doivent énoncer de la façon la plus apparente à l’extérieur l’affirmation de l’Unicité ; et, en fait (Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme, p. 16)
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction L’Unité du Tawhîd ne doit pas être comptée comme le premier élément d’une série. Le nombre un s’oppose à deux, trois et davantage; l’Unité principielle contient la possibilité même de toute multiplicité sans entrer en concurrence avec elle. Dire qu’elle est Une est déjà une affirmation analogique destinée à écarter l’idée de principes indépendants.
Cette distinction permet de comprendre comment la multiplicité des êtres ne diminue pas l’Unité. Les manifestations ne s’ajoutent pas au Principe comme des réalités extérieures capables de le partager. Leur réalité est participée et dépendante. Le Tawhîd rapporte chacune à sa source, sans nier les différences relatives qui appartiennent à son ordre.
Un exemple pour approcher le sens
Une lumière unique traverse des vitraux de couleurs différentes. Dans chaque fenêtre, elle prend une teinte et dessine une figure distincte. Celui qui ne regarde que les taches colorées peut croire à plusieurs lumières étrangères les unes aux autres. Celui qui remonte à leur source reconnaît que les différences viennent des supports et non d’une division de la lumière.
Les formes traditionnelles sont comparables à ces vitraux, pourvu qu’on ne réduise pas leur contenu à une esthétique. Le Tawhîd n’efface pas leurs couleurs; il les rapporte à l’Unité qui les rend lumineuses. Briser tous les vitraux ne produirait pas davantage l’unité, car celle-ci n’a jamais dépendu de leur mélange.
Références internes
Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme · Les États multiples de l’être · La sharîyah et la haqîqah · Le taçawwuf · La Possibilité universelle · Monothéisme et angélologie · La connaissance pure · L’Homme Universel · Brahma · La science profane