En une phrase
Le manifesté est l’ensemble des possibilités réalisées sous des conditions distinctives, tandis que le non-manifesté comprend tout ce qui demeure au-delà de ces conditions, y compris les possibilités manifestables dans leur état principiel.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans Les États multiples de l'être, formulée par l'encyclopédie.
La distinction du manifesté et du non-manifesté déborde celle du visible et de l’invisible. Tout ce qui existe selon un mode distinctif appartient à la manifestation, qu’il soit corporel, subtil ou supra-individuel. Un état céleste ou informel peut donc être manifesté sans être sensible. Réduire le manifesté au monde matériel maintiendrait la pensée dans une cosmologie extrêmement étroite.
Guénon distingue d’abord les possibilités de manifestation et les possibilités de non-manifestation. Les premières sont susceptibles d’entrer dans l’Existence universelle sous des conditions appropriées. Les secondes ne peuvent, par leur nature même, prendre un mode manifesté. Les unes et les autres sont également comprises dans la Possibilité totale, qui ne serait plus totale si une possibilité quelconque pouvait lui être extérieure.
Le non-manifesté ne comprend pourtant pas seulement le non-manifestable. Les possibilités de manifestation lui appartiennent aussi tant qu’elles demeurent à l’état principiel et ne se manifestent pas. Ainsi une même possibilité peut être considérée sous son état permanent, dans le non-manifesté, et sous les conditions transitoires de sa manifestation. Il ne s’agit pas de deux réalités séparées, mais de deux modalités radicalement différentes.
La manifestation est toujours conditionnée. Elle comporte détermination, distinction et changement. Elle est réelle dans son ordre, mais sa réalité est dérivée et participée. Le non-manifesté est seul absolument permanent et inconditionné. Cette primauté ne transforme pas le non-manifesté en un monde invisible placé à côté du monde visible; elle indique précisément qu’il échappe aux conditions sous lesquelles des mondes distincts peuvent exister.
Cette doctrine fonde la multiplicité des états de l’être. L’état humain n’est qu’une possibilité manifestée parmi une indéfinité d’autres. Même l’ensemble de tous les états manifestés n’épuise pas la Possibilité totale. La réalisation métaphysique ne consiste donc pas à étendre sans fin les limites du manifesté, mais à dépasser la condition manifestée elle-même.
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Citations de Guénon
Nier qu’il y ait des possibilités de non-manifestation, c’est vouloir limiter la Possibilité universelle ; d’autre part, nier que, parmi les possibilités de manifestation, il y en ait de différents ordres (Les États multiples de l’être, p. 14)
Ajoutons que le non-manifesté comprend ce que nous pouvons appeler le non-manifestable, c’est-à-dire les possibilités de non-manifestation, et le manifestable, c’est-à-dire les possibilités de manifestation en tant qu’elles ne se manifestent pas (Les États multiples de l’être, p. 17)
En ce qui concerne les rapports de l’Être et du Non-Être, il est essentiel de remarquer que l’état de manifestation est toujours transitoire et conditionné, et que, même pour les possibilités qui comportent la manifestation (Les États multiples de l’être, p. 17)
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction Les mots « manifesté » et « non-manifesté » sont préférables ici à « existence visible » et « existence cachée ». Une chose subtile peut être cachée à nos sens tout en appartenant pleinement à la manifestation. Inversement, le non-manifesté n’est pas un objet secret qu’une faculté plus fine finirait par percevoir.
Cette distinction donne aussi sa mesure au savoir cosmologique. Une science des mondes, aussi étendue soit-elle, demeure relative à la manifestation. Elle peut hiérarchiser des états et expliquer leurs relations; elle ne saurait par accumulation atteindre ce qui est absolument inconditionné. Le passage à la métaphysique exige un changement de point de vue, non une simple extension du champ observé.
Un exemple pour approcher le sens
Un architecte porte un projet qui permet plusieurs bâtiments possibles. Une seule construction est réalisée sur un terrain déterminé, avec des matériaux, des mesures et des contraintes précises. Le bâtiment manifeste une possibilité du projet; il ne contient pas toutes les autres et ne transforme pas le projet lui-même en édifice.
L’analogie reste limitée, car le projet humain est mental et déterminé. Elle montre toutefois pourquoi la manifestation n’épuise pas la possibilité. Ce qui apparaît reçoit des conditions et une forme; ce qui demeure principiellement possible n’est pas diminué par cette réalisation particulière ni enfermé dans ses limites.
Références internes
Les États multiples de l’être · La Possibilité universelle · La multiplicité des états de l’être · L’Homme Universel · Mohyiddin ibn Arabi · La science profane