En une phrase
La qualité et la quantité sont les pôles supérieur et inférieur de la manifestation corporelle, et la modernité se caractérise par le mouvement qui réduit progressivement la première à la seconde.
Exposé métaphysique
Synthèse des premiers chapitres du Règne de la Quantité et les Signes des Temps, éclairés par Les États multiples de l'être, formulée par l'encyclopédie.
La qualité et la quantité ne sont pas deux propriétés juxtaposées. Elles expriment, dans les conditions de notre monde, les deux pôles de toute manifestation : l’essence et la substance, ou, selon le langage hindou, Purusha et Prakriti. La qualité procède du côté essentiel ; la quantité, du côté substantiel.
La qualité détermine ce qu’une chose est : sa nature, ses aptitudes, son degré et la forme intelligible qui la distingue. La quantité permet la multiplicité, l’étendue, le nombre et la mesure. Aucun être manifesté n’est une qualité pure ni une quantité pure. Les deux pôles se situent hors de la manifestation effective, l’un au-dessus comme principe de distinction, l’autre au-dessous comme indifférenciation quantitative.
Le déroulement cyclique peut se lire comme une descente de l’un vers l’autre. Au commencement, les institutions, les sciences et les métiers sont ordonnés par des différences qualitatives : nature des êtres, qualifications, fonctions et symboles. À mesure que le cycle descend, ces différences sont négligées au profit de ce qui se compte, se reproduit et s’échange.
Le règne de la quantité ne signifie donc pas que la quantité devienne absolument seule, ce qui serait impossible dans la manifestation. Il signifie qu’elle fournit la perspective dominante. L’individu est traité comme une unité interchangeable, le métier comme une somme d’opérations, la connaissance comme accumulation d’informations et la valeur comme prix.
La phase terminale ne s’arrête pourtant pas à une solidification stable. Quand les qualités normales ont été presque effacées, des pseudo-qualités peuvent réapparaître sous une forme inversée. Le passage de la quantité au désordre psychique ne restaure pas le pôle supérieur ; il manifeste la dissolution du support quantitatif lui-même.
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Citations de Guénon
On considère assez généralement la qualité et la quantité comme deux termes complémentaires, quoique sans doute on soit souvent loin de comprendre la raison profonde de cette relation. (Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, p. 9)
La multiplicité d’en bas est, par définition, purement quantitative, et l’on pourrait dire qu’elle est la quantité même, séparée de toute qualité. (Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, p. 7)
Lecture du commentaire arabe
Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Voir la notice arabe correspondante pour le dossier de lecture. Les attributions détaillées de ce résumé restent à confronter aux notes originales ; ce renvoi secondaire ne vaut pas vérification de chaque proposition.
Le présent commentaire est reformulé par l’encyclopédie. Miftāḥ inscrit la paire qualité et quantité dans une série de complémentarités : unité et multiplicité, intérieur et extérieur, esprit et matière, ciel et terre. Il ne les déclare pas identiques, mais montre qu’elles procèdent d’une même structure de polarité applicable à des degrés différents.
Dans le vocabulaire akbarien, la domination quantitative correspond à l’épaississement du côté extérieur de l’existence. La restauration ne consiste donc pas à mépriser le nombre, mais à le replacer sous le gouvernement du sens et de la qualité qui le déterminent.
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction La hiérarchie des deux pôles ne transforme pas toute qualité sensible en réalité spirituelle. Une couleur, une saveur ou un tempérament sont déjà des qualités, mais ils peuvent être envisagés à des niveaux fort différents. Le qualitatif supérieur désigne avant tout ce qui rattache une distinction à son principe.
De même, la quantité n’est pas mauvaise en elle-même. Elle devient un signe de fin de cycle lorsque l’on prétend expliquer par elle tout ce qui la dépasse. Le diagnostic porte sur une réduction, non sur l’existence légitime du nombre et de la mesure dans leur ordre.
Un exemple pour approcher le sens
Deux pièces de bois peuvent avoir les mêmes dimensions et le même poids. Pour un inventaire industriel, elles sont équivalentes. Pour le luthier, leur grain, leur densité, leur provenance et leur résonance les rendent profondément différentes, et une seule conviendra à la table d’un instrument.
La mesure saisit ce qui permet de comparer les deux pièces. La qualité décide de leur aptitude propre. Une civilisation quantitative perfectionne l’inventaire et oublie l’oreille du luthier ; elle gagne en uniformité ce qu’elle perd en discernement.
Références internes
Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps · Les États multiples de l’être · Mesure et manifestation · Le Continu et la divisibilité indéfinie · La Qualité · La Quantité · La contre-initiation · Kali-Yuga · Essence, substance et accident · Hylè et materia prima