En une phrase

Nâma-Rûpa, le nom et la forme, constitue l’individualité sous ses deux aspects, subtil et grossier, essentiel et substantiel.

Exposé métaphysique

Synthèse de la position de Guénon dans L'Homme et son devenir selon le Vêdânta et Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, formulée par l'encyclopédie.

Dans la doctrine hindoue, l’être individuel est envisagé comme composé de nâma, le nom, et de rûpa, la forme. Ces mots ne doivent pas être réduits à une étiquette verbale et à une silhouette visible. Ils déterminent les deux faces complémentaires de l’individualité entière.

Nâma correspond à l’essence individuelle, au principe actif et à l’état subtil. Rûpa correspond à la substance individuelle, au principe passif et à l’état grossier. Guénon rapproche cette distinction de celle de la forme et de la matière chez Aristote, à condition de prévenir un renversement de vocabulaire : la « forme » aristotélicienne, principe essentiel, correspond à nâma, tandis que le sanscrit rûpa, traduit littéralement par forme, correspond ici au côté substantiel.

Le couple possède plusieurs niveaux d’application :

  1. Dans l’individu humain, le nom se rapporte à sa constitution subtile et la forme à son corps grossier.
  2. Dans la manifestation, leur union détermine une nature individuelle, avec ses possibilités et ses limites propres.
  3. Dans un sens supérieur, le nom peut désigner l’idée ou l’archétype, antérieur à son revêtement sensible.
  4. Dans la Délivrance, le nom et la forme cessent d’être des conditions limitatives, puisque l’être dépasse l’individualité.

Ce dernier point donne au concept sa portée métaphysique. Dépasser la forme ne signifie pas seulement quitter le corps. L’état subtil appartient encore au domaine formel et individuel. Tant que subsiste la détermination par nâma et rûpa, l’être demeure sous une condition particulière. La transformation au sens strict est passage au-delà de la forme entière.

Le rapport du nom à l’ouïe et de la forme à la vue complète l’exposé. Le nom, comme son, se rattache à une réception intérieure et au caractère « entendu » de la tradition révélée. La forme appartient au visible. Cette correspondance ne condamne pas le visible; elle établit la priorité du principe intelligible sur son expression extérieure.

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Citations de Guénon

Le Yogî ou le jîvan-mukta, en effet, est affranchi du nom et de la forme (nâmarûpa) qui sont les éléments constitutifs et caractéristiques de l’individualité. (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 109)

On peut dire aussi que le nom correspond à l’état subtil, et la forme à l’état grossier. (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 121)

Lecture du commentaire arabe

Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Voir la notice arabe correspondante pour le dossier de lecture. Les attributions détaillées de ce résumé restent à confronter aux notes originales ; ce renvoi secondaire ne vaut pas vérification de chaque proposition.

Le rapprochement suivant est reformulé par l’encyclopédie. Le Cheikh Miftāḥ met en regard nâma et rûpa avec le couple du sens et de la forme dans le langage akbarien. Le sens est intérieur, actif et intelligible; la forme reçoit et manifeste ce sens dans un domaine déterminé.

Il rapproche également le nom supérieur de la science des noms enseignée à Adam. Le rapprochement demeure analogique : il ne suffit pas de remplacer un mot sanscrit par un mot arabe. Il montre plutôt que le nom traditionnel peut désigner la réalité intelligible du nommé, et non la convention sonore par laquelle on l’appelle dans une langue.

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction Deux erreurs symétriques sont possibles. La première traite le nom comme un son arbitraire et la forme comme la seule réalité. La seconde imagine un nom séparé de toute détermination, comme si l’essence individuelle était déjà le Principe universel. Le couple Nâma-Rûpa maintient leur solidarité au niveau de l’individualité.

Il permet aussi de préciser la portée du mot informel. L’informel n’est pas l’invisible. Les états subtils ne tombent pas sous les sens corporels, mais ils appartiennent encore à la manifestation formelle. Sortir de la forme exige donc davantage qu’une expérience psychique ou qu’une séparation du corps.

Le concept rejoint ainsi le Yoga et la Délivrance. Le Yogî n’acquiert pas une individualité plus vaste; il connaît ce qui dépasse la condition même par laquelle une individualité reçoit son nom et sa forme.

Un exemple pour approcher le sens

Considérez une œuvre musicale écrite. Son principe mélodique et rythmique n’est pas l’encre, mais il reçoit dans la partition une forme déterminée. Une autre interprétation peut donner à ce même principe un timbre et une durée différents, sans qu’il devienne pour autant une abstraction sans expression.

Nâma ressemble au principe déterminant de l’œuvre, rûpa à sa détermination dans une exécution. Ensemble, ils font de cette exécution une réalité individuelle. Dépasser Nâma-Rûpa ne consisterait pas à détruire la partition, mais à remonter au plan où la possibilité de l’œuvre n’est plus enfermée dans une exécution particulière.

Références internes

L’Homme et son devenir selon le Vêdânta · Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues · Âtmâ · Mâyâ · Yoga · Réalisation métaphysique · Personnalité et individualité · Moksha · Jîvan-mukta · Brahma