Définition
Nâma-Rûpa, le nom et la forme, constitue l’individualité sous ses deux aspects, subtil et grossier, essentiel et substantiel.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans L'Homme et son devenir selon le Vêdânta et Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, formulée par l'encyclopédie.
Dans la doctrine hindoue, l’être individuel est envisagé comme composé de nâma, le nom, et de rûpa, la forme. Ces mots ne doivent pas être réduits à une étiquette verbale et à une silhouette visible. Ils déterminent les deux faces complémentaires de l’individualité entière.
Nâma correspond à l’essence individuelle, au principe actif et à l’état subtil. Rûpa correspond à la substance individuelle, au principe passif et à l’état grossier. Guénon rapproche cette distinction de celle de la forme et de la matière chez Aristote, à condition de prévenir un renversement de vocabulaire : la « forme » aristotélicienne, principe essentiel, correspond à nâma, tandis que le sanscrit rûpa, traduit littéralement par forme, correspond ici au côté substantiel.
Le couple possède plusieurs niveaux d’application :
- Dans l’individu humain, le nom se rapporte à sa constitution subtile et la forme à son corps grossier.
- Dans la manifestation, leur union détermine une nature individuelle, avec ses possibilités et ses limites propres.
- Dans un sens supérieur, le nom peut désigner l’idée ou l’archétype, antérieur à son revêtement sensible.
- Dans la Délivrance, le nom et la forme cessent d’être des conditions limitatives, puisque l’être dépasse l’individualité.
Ce dernier point donne au concept sa portée métaphysique. Dépasser la forme ne signifie pas seulement quitter le corps. L’état subtil appartient encore au domaine formel et individuel. Tant que subsiste la détermination par nâma et rûpa, l’être demeure sous une condition particulière. La transformation au sens strict est passage au-delà de la forme entière.
Le rapport du nom à l’ouïe et de la forme à la vue complète l’exposé. Le nom, comme son, se rattache à une réception intérieure et au caractère « entendu » de la tradition révélée. La forme appartient au visible. Cette correspondance ne condamne pas le visible; elle établit la priorité du principe intelligible sur son expression extérieure.
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Citations de Guénon
Le Yogî ou le jîvan-mukta, en effet, est affranchi du nom et de la forme (nâmarûpa) qui sont les éléments constitutifs et caractéristiques de l’individualité. (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 109)
On peut dire aussi que le nom correspond à l’état subtil, et la forme à l’état grossier. (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 121)
Dans l’édition arabe
La notice arabe consacrée à ce sujet réunit les références et les développements de cette édition.
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction Deux erreurs symétriques sont possibles. La première traite le nom comme un son arbitraire et la forme comme la seule réalité. La seconde imagine un nom séparé de toute détermination, comme si l’essence individuelle était déjà le Principe universel. Le couple Nâma-Rûpa maintient leur solidarité au niveau de l’individualité.
Il permet aussi de préciser la portée du mot informel. L’informel n’est pas l’invisible. Les états subtils ne tombent pas sous les sens corporels, mais ils appartiennent encore à la manifestation formelle. Sortir de la forme exige donc davantage qu’une expérience psychique ou qu’une séparation du corps.
Le concept rejoint ainsi le Yoga et la Délivrance. Le Yogî n’acquiert pas une individualité plus vaste; il connaît ce qui dépasse la condition même par laquelle une individualité reçoit son nom et sa forme.
Références internes
L’Homme et son devenir selon le Vêdânta · Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues · Âtmâ · Mâyâ · Yoga · Réalisation métaphysique · Personnalité et individualité · Moksha · Jîvan-mukta · Brahma