En une phrase

Mâyâ est la puissance par laquelle la manifestation reçoit noms et formes, réelle dans son ordre parce qu’elle dépend du Principe, mais illusoire dès qu’on lui attribue une existence séparée.

Exposé métaphysique

Synthèse de la position de Guénon dans L'Homme et son devenir selon le Vêdânta et Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, formulée par l'encyclopédie.

Traduire Mâyâ par « illusion » est exact à condition de ne pas entendre ce mot comme synonyme de néant, d’erreur subjective ou de tromperie volontaire. La manifestation existe dans son ordre. Elle possède une réalité relative, tirée de sa dépendance au Principe. Son illusion consiste dans l’apparence d’autonomie qu’elle prend pour l’être individuel.

Guénon recourt à l’image du miroir. Le reflet est visible et peut être décrit avec précision. Il n’existerait pourtant ni sans l’objet réfléchi ni sans la lumière qui le rend perceptible. Sa réalité est empruntée. De même, un être manifesté n’est pas inexistant ; il ne possède simplement pas en lui-même la raison de son existence. Isolé en pensée de son principe, il ne resterait de lui qu’une impossibilité.

Cette doctrine distingue la personnalité universelle de l’individualité. Âtmâ, le Soi, demeure le principe permanent et inconditionné. L’individu, déterminé par le nom et la forme, n’est qu’un de ses états. Mâyâ lui fait prendre cette détermination passagère pour l’être total. La connaissance dissipe l’erreur séparative, non la manifestation elle-même : elle restitue chaque chose à son degré de réalité.

Mâyâ peut être considérée sous un aspect supérieur comme la Shakti de Brahma, la Possibilité universelle ou puissance de manifestation. Sous son aspect inférieur, elle est la « Grande Illusion » cosmique, lorsque les formes sont envisagées séparativement. Les deux sens ne se contredisent pas. Ils répondent au même pouvoir vu depuis le Principe ou depuis les limitations qu’il rend possibles.

Les cinq enveloppes de l’être humain montrent comment cette puissance se particularise. Elles vont des possibilités principielles de manifestation jusqu’à la forme corporelle composée des éléments sensibles. Chacune est réelle dans son ordre et chacune devient un voile si elle est prise pour le Soi. La délivrance ne détruit donc pas une série de choses fausses ; elle traverse des degrés de réalité sans s’arrêter à aucun.

La comparaison avec la notion islamique d’imkân, la possibilité contingente, peut éclairer cette position. Le possible n’est ni nécessaire par lui-même ni absolument nul. Il reçoit l’existence et demeure, à chaque instant, dépendant de ce don. L’analogie porte sur la structure métaphysique de la dépendance, non sur une assimilation des vocabulaires traditionnels.

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Citations de Guénon

L’image réfléchie dans un miroir tire toute sa réalité de l’objet sans lequel elle n’aurait aucune existence. (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 19)

On comprend par là que l’existence, c’est-à-dire l’être conditionné et manifesté, soit à la fois réelle en un certain sens et illusoire en un autre sens. (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 19)

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction Mâyâ corrige deux erreurs opposées. Le réalisme naïf accorde aux choses une subsistance indépendante. Le nihilisme les réduit à rien. Guénon refuse l’un et l’autre : la manifestation est réelle par participation et illusoire par séparation.

Cette distinction donne au mot « relatif » un sens positif. Le relatif n’est pas ce qui serait à moitié vrai au gré des opinions. Il est ce dont la réalité consiste précisément dans une relation au Principe. Couper cette relation n’augmente pas son autonomie, mais supprime la seule raison pour laquelle il pouvait être dit réel.

La connaissance de Mâyâ n’est donc pas une théorie destinée à déprécier le monde. Elle change le regard porté sur lui. Les formes cessent d’être des obstacles lorsqu’elles sont reconnues comme expressions dépendantes ; elles redeviennent des voiles dès qu’on les prend pour des réalités closes.

Un exemple pour approcher le sens

Un reflet de lune tremble sur l’eau. Il possède une forme, une couleur et un mouvement que l’on peut réellement observer. Pourtant, il ne contient pas la lune, et son éclat dépend à la fois de l’astre, de la lumière et de la surface qui la reçoit.

Dire que le reflet est réel comme reflet ne revient pas à le confondre avec la lune. Dire qu’il est illusoire comme astre indépendant ne revient pas à nier qu’on le voie. Mâyâ désigne cette double condition de la manifestation : présence effective dans un ordre, absence de subsistance par soi.

Références internes

L’Homme et son devenir selon le Vêdânta · Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues · Jîvan-mukta · Vêda · Atmâ · Brahma · Nâma-Rûpa · Moksha · Le manifesté et le non-manifesté · Vêdânta