En une phrase

L’Unicité de l’Existence signifie que tous les degrés manifestés dépendent d’un principe unique sans jamais devenir des parties de ce principe ni se confondre avec lui.

Exposé métaphysique

Synthèse de la doctrine de l'« unicité de l'Existence » dans Les États multiples de l'être, Le Symbolisme de la Croix et Aperçus sur l'ésotérisme islamique et le taoïsme, formulée par l'encyclopédie.

Guénon emploie l’expression arabe Wahdatul-wujûd pour désigner l’unicité de l’Existence. Le terme doit être pris avec précision. L’Être est le principe de la manifestation ; l’Existence universelle est le déploiement intégral des possibilités de manifestation. Elle est une dans son principe et indéfiniment multiple dans ses modes.

L’unité n’abolit donc pas les degrés. Chaque possibilité se réalise selon les conditions qui lui sont propres et constitue un état déterminé. L’Existence comprend tous ces états sans devenir un agrégat. Leur multiplicité appartient au déploiement ; leur unité vient de ce qu’ils dépendent tous du même principe.

Le panthéisme commet une erreur inverse. Il traite le monde manifesté et le Principe comme deux termes d’un même ordre, puis les identifie ou les compose. Or le Principe n’est pas la somme des choses, et les choses ne sont pas ses parties. Rien ne peut sortir de l’Infini pour se placer hors de lui ; rien ne peut non plus s’y ajouter. La manifestation dépend du Principe sans le limiter.

Les notions de hulûl, l’inhésion, et d’ittihâd, l’union de deux réalités d’abord séparées, manquent le rapport pour une raison comparable. Elles supposent une dualité de substances placées sur un plan commun. La réalisation métaphysique ne fait pas de l’individu un second être qui viendrait s’unir à Dieu. Elle dissipe la limitation qui faisait prendre l’individualité pour un principe indépendant.

L’expression doit enfin être distinguée d’un slogan doctrinal. Elle résume un ensemble de rapports entre Être, Existence, manifestation et états multiples. Employée sans ces distinctions, elle devient précisément l’équivoque dont se servent les lectures philosophiques pour accuser l’ésotérisme islamique de panthéisme.

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Citations de Guénon

Bien que l’Existence soit essentiellement unique, et cela parce que l’Être en soi-même est un, elle n’en comprend pas moins la multiplicité indéfinie des modes de la manifestation (Les États multiples de l’être, p. 21)

le panthéisme est en réalité une théorie essentiellement antimétaphysique (Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme, p. 37)

Lecture du commentaire arabe

Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Voir la notice arabe correspondante pour le dossier de lecture. Les attributions détaillées de ce résumé restent à confronter aux notes originales ; ce renvoi secondaire ne vaut pas vérification de chaque proposition.

Les précisions de Miftāḥ, ici reformulées par l’encyclopédie, opposent le sens islamique de l’unicité de l’Existence aux confusions philosophiques qui ne distinguent plus le Créateur et la créature, l’éternel et le produit, l’Existence une et les existants multiples. Il rappelle la condamnation de l’union et de l’inhésion par Ibn Arabi lui-même, et rapporte le sens recevable au tawhîd des actes : aucun existant n’agit ni ne subsiste par soi.

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction Le titre retient « Unicité de l’Existence », qui est la formulation française de Guénon, plutôt que « unité de l’être » ou « monisme ». Le choix n’est pas stylistique : Être et Existence occupent chez lui des rangs distincts, et le vocabulaire doit préserver cette hiérarchie.

Trois voix concordent sans se confondre. Guénon établit la structure métaphysique et rejette le panthéisme ; Ibn Arabi fournit le vocabulaire islamique de la réalisation ; Miftāḥ défend ce vocabulaire contre les lectures de l’union et de l’inhésion. L’encyclopédie les rassemble en indiquant chaque fois le lieu de leur parole.

Un exemple pour approcher le sens

Une figure géométrique peut être tracée sur plusieurs feuilles. Chaque tracé a sa matière, ses défauts et sa place. La forme qui les rend intelligibles n’est pourtant ni un morceau de chaque dessin ni leur somme matérielle.

Les dessins dépendent de la forme sans que la forme se divise en eux. L’image reste très inférieure à son objet, mais elle aide à comprendre comment la multitude peut dépendre d’une unité principielle sans produire une substance commune où toutes les distinctions seraient abolies.

Références internes

Les États multiples de l’être · Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme · Le Symbolisme de la Croix · L’Homme Universel · Mohyiddin ibn Arabi · Les états multiples de l’être · Les Futûhât al-Makkiyya · les Possibilités éternelles de l’Être · L’Exotérisme et l’Ésotérisme · Et-Tawhîd