En une phrase

La création et la manifestation ne sont pas deux explications rivales, mais deux perspectives selon lesquelles les êtres dépendent entièrement du Principe sans que rien puisse exister hors de lui.

Exposé métaphysique

Synthèse de la position de Guénon dans Aperçus sur l'ésotérisme islamique et le taoïsme, formulée par l'encyclopédie.

Guénon distingue les idées de création et de manifestation sans les opposer. La création appartient principalement au point de vue religieux. Elle affirme que le monde ne procède d’aucune matière préexistante indépendante de Dieu et qu’il dépend intégralement de son principe.

La formule ex nihilo ne signifie donc pas que le néant serait une substance dont les choses auraient été tirées. Elle nie qu’il existe quoi que ce soit hors du Principe qui puisse lui servir de matériau. Dès qu’on imagine une matière éternelle placée en face d’un artisan divin, on limite le Principe par un second terme qui ne dépendrait pas de lui.

La manifestation considère la même dépendance d’un point de vue proprement métaphysique. Les êtres manifestés correspondent à des possibilités de manifestation contenues dans la Possibilité universelle. Ils ne sortent pas du Principe comme des fragments s’en détacheraient, car une sortie réelle introduirait un dehors et limiterait l’Infini. Le mot d’émanation devient donc impropre dès qu’il suggère ce mouvement extérieur.

La différence porte sur le niveau d’explication. Le point de vue religieux envisage le Principe et le monde créé, afin d’établir clairement la dépendance du second. Le point de vue métaphysique considère en outre les possibilités principiellement contenues dans la Possibilité totale. L’islam réunit ces deux langages: la doctrine exotérique affirme la création, tandis que l’ésotérisme expose la manifestation sous le nom de tajallî, la théophanie ou révélation des possibilités par les Noms divins.

Cette articulation exclut aussi bien le panthéisme que le déisme. Le monde n’est pas le Principe, puisque ses formes sont relatives, limitées et changeantes; il n’est pas davantage une réalité autonome abandonnée hors de lui. Sa dépendance est actuelle à chaque instant et porte sur tout ce qu’il possède de réalité. Création et manifestation expriment cette même dépendance, l’une depuis la distinction du Créateur et de la créature, l’autre depuis l’inclusion principielle de toute possibilité.

Le renouvellement des formes peut dès lors être compris sans succession dans le Principe. Les manifestations varient selon leurs conditions, tandis que leur possibilité demeure intemporellement contenue dans la Possibilité universelle. Le changement appartient aux mondes manifestés; il ne modifie ni n’augmente leur source.

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Citations de Guénon

L’idée de la manifestation, telle que les doctrines orientales l’envisagent d’une façon purement métaphysique, ne s’oppose nullement à l’idée de création. (Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme, p. 38)

Hors du Principe, il n’y a et il ne peut y avoir que le néant. (Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme, p. 37)

Lecture du commentaire arabe

Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Voir la notice arabe correspondante pour le dossier de lecture. Les attributions détaillées de ce résumé restent à confronter aux notes originales ; ce renvoi secondaire ne vaut pas vérification de chaque proposition.

La mise en relation avec le lexique akbarien est ici reformulée par l’encyclopédie et résumée. Miftāḥ souligne que le tajallî ne supprime jamais la distinction du Seigneur et du serviteur. Les possibilités, ou entités immuables, ne possèdent aucun être indépendant; leurs déterminations apparaissent par la manifestation divine sans devenir des parties de l’Essence.

Le langage de la création sauvegarde ainsi la pauvreté ontologique du monde, tandis que celui du tajallî exclut l’image d’un univers posé en dehors de l’infinité divine. Leur accord maintient à la fois la transcendance du Principe et la dépendance intérieure de toute réalité manifestée.

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction Les deux notions corrigent chacune une erreur différente. La création écarte le panthéisme grossier qui identifierait les choses, telles qu’elles sont limitées, au Principe. La manifestation écarte le dualisme qui placerait face à Dieu une réalité extérieure possédant son propre fondement.

Guénon ne propose donc pas un compromis entre deux doctrines. Il les hiérarchise comme deux formulations valables à des degrés distincts. Une contradiction n’apparaît que si l’on transporte sans précaution les catégories du point de vue religieux dans la métaphysique pure, ou inversement.

Un exemple pour approcher le sens

Un miroir reçoit l’image du soleil. L’image ne produit pas sa propre lumière et dépend entièrement de sa source; sous ce rapport, elle figure la créature. Pourtant aucun morceau du soleil ne s’est détaché pour entrer dans le miroir; sous ce rapport, elle figure la manifestation sans sortie hors du principe lumineux.

Le miroir n’est pas le soleil, et son image n’est pas indépendante du soleil. La coexistence de ces deux vérités approche la complémentarité de la création et de la manifestation.

Références internes

Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme · Al-ʿAmâ et les deux ténèbres · Le Centre et la Circonférence · La Possibilité universelle · Et-Tawhîd · les Possibilités éternelles de l’Être · Le manifesté et le non-manifesté · L’Unicité de l’Existence · La sharîyah et la haqîqah · Nécessité et contingence