Trois sortes d’hommes se croisent ici, et il vaut mieux ne pas les confondre.
Il y a ceux dont Guénon se sert comme témoins d’une doctrine : Ibn Arabi,
Shankarâchârya, Dante, Melki-Tsedeq. Il y a ceux qu’il examine pour établir
qu’une prétention traditionnelle est fausse, et les pages qui les concernent
rapportent son jugement en le lui attribuant, sans le reprendre à leur compte.
Il y a enfin ceux qui l’ont lu et publié après lui, Vâlsan, Schuon,
Coomaraswamy, le Cheikh Meftah, dont la fonction n’est pas d’autoriser sa
lecture mais de la rendre discutable.
Aucune de ces pages ne cite autre chose que Guénon lui-même : ce qui est en
jeu n’est pas la pensée propre de chacun de ces hommes, mais la place qu’il
occupe dans la sienne.
Traducteur et commentateur de Guénon en arabe, le Cheikh ʿAbd al-Bāqī Miftāḥ éclaire son vocabulaire à partir de la tradition islamique et des écrits d'Ibn Arabi.
Abdul-Hâdi, né Ivan Aguéli, fut un peintre suédois devenu musulman et rattaché au Cheikh ʿAbd al-Raḥmān ʿIllaysh. Collaborateur de La Gnose, il transmit à Guénon des textes d'Ibn ʿArabī et constitua un lien décisif avec la voie shâdhilite.
L'Émir Abd el-Kader unit dans une même vie le commandement temporel, la chevalerie islamique et l'autorité spirituelle. Dans l'encyclopédie, son Livre des Haltes et sa fidélité akbarienne éclairent la hiérarchie guénonienne de l'action et de la connaissance.
Platon apparaît chez Guénon comme le transmetteur d'un enseignement traditionnel d'origine pythagoricienne, non comme l'auteur isolé d'un système philosophique moderne.
Abû Hâmid al-Ghazâlî représente dans l'encyclopédie le passage de la science reçue à la certitude vécue. Son itinéraire, de l'enseignement officiel à la voie intérieure, éclaire la distinction guénonienne entre connaissance rationnelle et réalisation.
ʿAbd al-Karīm al-Jīlī (1365-1424 environ), maître de l'école akbarienne, a ordonné dans L'Homme parfait et Les Degrés de l'Existence des doctrines qu'Ibn ʿArabī avait exposées sous des formes dispersées; ses œuvres fournissent au Cheikh Miftāḥ un lexique pour éclairer Guénon.
Annie Besant apparaît dans Le Théosophisme comme la dirigeante qui donna à la Société Théosophique une orientation néo-chrétienne et messianique, jusqu'à l'organisation de l'attente d'un Instructeur du Monde autour de Krishnamurti.
Helena Petrovna Blavatsky, fondatrice de la Société Théosophique, est chez Guénon la figure centrale d'une pseudo-tradition moderne issue du spiritisme et parée d'emprunts orientaux.
Ananda K. Coomaraswamy est, pour Guénon, bien davantage qu'un historien de l'art oriental : son étude des formes traditionnelles confirme l'unité intellectuelle du symbolisme, du dôme à l'Axe du Monde, et restitue à l'art sacré sa fonction de connaissance.
Dante Alighieri est lu par Guénon comme le dépositaire d'un ésotérisme chrétien médiéval : la Divine Comédie ordonne sous une forme poétique les degrés d'un voyage initiatique à travers les trois mondes.
Frithjof Schuon fut un auteur suisse de langue française, lecteur de Guénon et membre de la voie ʿalawiyya avant de constituer son propre enseignement. Les sources de l'encyclopédie invitent à distinguer l'estime doctrinale initiale de Guénon et les réserves ultérieures sur cette postérité.
Abel est, dans le symbolisme exposé par Guénon, le type du pasteur nomade : il déploie son activité dans l'espace, travaille avec le vivant et représente un mode d'existence que la sédentarisation absorbe à mesure que le cycle approche de sa fin.
Mohyiddin ibn Arabi, le Cheikh al-Akbar, est l'une des références islamiques les plus constantes de Guénon. Son œuvre unit métaphysique, cosmologie et sciences traditionnelles, et fournit à l'encyclopédie le principal vocabulaire akbarien de l'Homme Universel, du Pôle et de la science des lettres.
Guénon rapporte Idris, Hénoch, Hermès et Thot à une même fonction traditionnelle, liée aux sciences du monde intermédiaire, à la transmission antédiluvienne et au symbolisme de Mercure.
Jiddu Krishnamurti fut choisi par les dirigeants de la Société Théosophique comme support du Maître du Monde ; son cas montre chez Guénon la fabrication organisée d'une attente messianique moderne.
Charles Webster Leadbeater apparaît dans Le Théosophisme comme le grand producteur de clairvoyances, de récits astraux et de généalogies occultes de la Société Théosophique. Guénon en fait un cas exemplaire de confusion entre phénomènes psychiques et connaissance spirituelle.
Melki-Tsedeq est chez Guénon le roi-prêtre de Salem, roi de Justice et de Paix, figure judéo-chrétienne de la fonction suprême du Roi du Monde et de l'union primordiale des pouvoirs sacerdotal et royal.
Michel Vâlsan, connu dans l'islam sous le nom de Mustafâ ʿAbd al-ʿAzîz, fut un proche correspondant de Guénon, un maître shâdhilite et le premier grand ordonnateur de son héritage éditorial. Son œuvre a établi la profondeur des sources akbariennes de la métaphysique guénonienne.
Henry Steel Olcott fut le cofondateur et le premier président de la Société Théosophique. Dans l'enquête de Guénon, il représente le versant administratif d'une entreprise dont Blavatsky fournissait les phénomènes et les récits occultes.
Caïn est chez Guénon le type de l'agriculteur sédentaire : il fixe l'activité dans le sol, développe des œuvres inscrites dans le temps et représente la compression qui absorbe progressivement le monde nomade d'Abel.
Descartes représente pour Guénon le moment où la raison individuelle devient l'autorité suprême en philosophie et où la réduction quantitative du monde prend la forme du mécanisme scientifique.
René Guénon, devenu en islam ʿAbd al-Wāḥid Yaḥyā (1886-1951), est l'auteur autour duquel s'organise cette encyclopédie : son œuvre expose la métaphysique traditionnelle, les états de l'être, l'initiation et le symbolisme, tout en portant une critique principielle du monde moderne.
Shankaracharya est le grand commentateur de l'Advaita Vêdânta auquel Guénon se réfère principalement pour exposer la doctrine du Soi, de Brahma et de la Délivrance.
Rudolf Steiner dirigea la section allemande de la Société Théosophique avant de fonder la Société Anthroposophique. Guénon voit dans cette dissidence une concurrence interne au néo-spiritualisme, centrée sur l'homme et dotée de ses propres institutions.