En une phrase

Shankaracharya est, pour Guénon, l’interprète majeur du Vêdânta non dualiste, dont le commentaire fournit la ligne doctrinale principale de L’Homme et son devenir selon le Vêdânta.

Exposé métaphysique

Synthèse de la place donnée à Shankaracharya dans L'Homme et son devenir selon le Vêdânta et l'Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, formulée par l'encyclopédie.

La chronologie traditionnelle situe Shankaracharya autour des années 788 à 820. Né dans le sud de l’Inde, il est associé à la restauration de la doctrine de l’Advaita, à des commentaires des principales Upanishads, de la Bhagavad-Gîtâ et des Brahma-Sûtras, ainsi qu’à l’établissement de centres monastiques. Dans l’œuvre de Guénon, son importance est avant tout doctrinale.

Le Vêdânta ne se présente pas comme une philosophie individuelle. Il est un point de vue orthodoxe fondé sur la Shruti et formulé de manière synthétique dans les Brahma-Sûtras. Les commentaires de Shankaracharya et de Râmânuja appartiennent tous deux à l’orthodoxie, mais ils constituent des adaptations différentes. Guénon suit principalement le premier parce qu’il juge son interprétation plus conforme à l’esprit des Upanishads et plus apte à porter l’exposé métaphysique jusqu’à ses conséquences ultimes.

La doctrine ainsi exposée affirme l’identité essentielle d’Âtmâ et de Brahma. Le Soi n’est pas le moi individuel agrandi ; il est le principe inconditionné dont l’individualité n’est qu’une manifestation contingente. L’ignorance consiste à attribuer au Soi les limitations des enveloppes, des états ou des fonctions individuelles. La connaissance effective dissipe cette superposition et réalise une identité qui n’a jamais cessé d’être en principe.

La place de la Shruti est décisive. Elle ne tire pas son autorité d’un raisonnement préalable : dans l’ordre de la connaissance transcendante, elle tient lieu de perception directe. La Smriti possède une autorité dérivée et remplit une fonction d’application. Cette hiérarchie montre pourquoi la doctrine traditionnelle ne saurait être évaluée comme un système construit à partir d’hypothèses individuelles.

Shankaracharya fournit enfin à Guénon un langage rigoureux pour distinguer connaissance théorique et réalisation. Comprendre la non-dualité comme une thèse ne suffit pas à être délivré. La connaissance véritable transforme le mode même de l’être connaissant, jusqu’à ce que la distinction du sujet et de l’objet soit dépassée dans l’identité.

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Citations de Guénon

Les Brahma-Sûtras, dont le texte est d’une extrême concision, ont donné lieu à de nombreux commentaires, dont les plus importants sont ceux de Shankarâchârya et de Râmânuja. (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 10)

Nous rappelons que nous suivons principalement, dans notre interprétation, le commentaire de Shankarâchârya. (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 32)

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction La comparaison entre Shankaracharya et les maîtres d’autres traditions n’est féconde qu’à la condition de respecter la forme propre du Vêdânta. On peut reconnaître des structures analogues, la distinction de l’Absolu et de ses déterminations, la supériorité de la connaissance directe, la délivrance par l’identification, sans substituer un lexique religieux à un autre.

La préférence de Guénon pour le commentaire shankarien ne transforme pas non plus les autres écoles du Vêdânta en erreurs extérieures à l’orthodoxie. Elle indique le point de vue requis par son propre ouvrage : un exposé de la doctrine du Soi conduit aussi loin que possible vers la non-dualité. La différence est ici une différence d’adaptation et de profondeur d’expression, non une opposition moderne entre opinions privées.

Un exemple pour approcher le sens

Plusieurs cartes peuvent représenter une même montagne. Une carte routière montre les voies accessibles, une carte géologique les couches du terrain, et une carte des reliefs conduit le regard jusqu’au sommet. Elles ne sont pas nécessairement contradictoires, mais elles ne servent pas exactement le même dessein.

Guénon choisit Shankaracharya comme on choisit la carte qui rend le mieux visible l’axe de l’ascension. Ce choix ne crée pas la montagne et n’annule pas les autres parcours ; il indique la formulation la plus directement accordée à la réalisation métaphysique qu’il veut exposer.

Références internes

L’Homme et son devenir selon le Vêdânta · Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues · Atmâ · Brahma · Mâyâ · Jîvan-mukta · Moksha · Vêdânta · La tradition hindoue · Mohyiddin ibn Arabi