En une phrase
ʿAbd al-Karīm al-Jīlī est le maître akbarien qui a donné à l’Homme parfait et aux degrés de l’Existence des exposés ordonnés dont le Cheikh Miftāḥ se sert pour éclairer la terminologie de Guénon.
Exposé métaphysique
Mise en relation du rôle doctrinal d'al-Jīlī avec les thèmes de Guénon dans Les États multiples de l'être, Le Symbolisme de la Croix et L'Homme et son devenir selon le Vêdânta, formulée par l'encyclopédie.
Né en 1365 environ et mort vers 1424, ʿAbd al-Karīm ibn Ibrāhīm al-Jīlī appartient à la postérité doctrinale d’Ibn ʿArabī. Son nom renvoie à Jīlān, tandis que sa vie et son enseignement sont particulièrement liés au Yémen. La tradition biographique lui attribue aussi des voyages, notamment vers l’Inde.
Deux ouvrages déterminent sa place dans cette encyclopédie :
- L’Homme parfait dans la connaissance des derniers et des premiers rassemble et ordonne la doctrine de l’homme total, miroir des noms divins et médiation entre les degrés du Réel et ceux de la création.
- Les Degrés de l’Existence présente une division en quarante degrés, depuis les déterminations principielle jusqu’aux plans de la manifestation.
Al-Jīlī n’est pas une source explicitement citée dans les ouvrages français de Guénon ici retenus. Son importance appartient à la couche interprétative de l’encyclopédie arabe. Le Cheikh Miftāḥ le convoque après Ibn ʿArabī pour donner un vocabulaire technique aux correspondances que Guénon expose dans une langue géométrique, hindoue ou extrême-orientale.
Le rapport n’est donc pas celui d’une filiation textuelle démontrée. Il est doctrinal et herméneutique. La théorie guénonienne des états multiples décrit la possibilité d’une réalisation intégrale de l’être. La doctrine jilienne de l’Homme parfait expose, dans le langage du soufisme akbarien, l’être qui totalise les degrés et manifeste leur centre. De même, la distinction des degrés de l’Existence fournit une nomenclature plus détaillée à ce que Guénon présente comme hiérarchie indéfinie des états.
Cette convergence a une limite essentielle. Les nombres de degrés et les noms des présences appartiennent à une formulation traditionnelle déterminée. Ils ne doivent pas être substitués mécaniquement aux termes d’une autre doctrine. La comparaison est juste lorsqu’elle met en évidence une structure; elle devient fausse lorsqu’elle confond les expressions.
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Citations de Guénon
La Possibilité universelle, avons-nous dit, est illimitée, et ne peut pas être autre qu’illimitée ; vouloir la concevoir autrement, c’est donc, en réalité, se condamner à ne pas la concevoir du tout. (Les États multiples de l’être, p. 11)
La hiérarchisation des états multiples dans la réalisation effective de l’être total permet seule de comprendre comment il faut envisager, au point de vue métaphysique pur (Les États multiples de l’être, p. 52)
Lecture du commentaire arabe
Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Voir la notice arabe correspondante pour le dossier de lecture. Les attributions détaillées de ce résumé restent à confronter aux notes originales ; ce renvoi secondaire ne vaut pas vérification de chaque proposition.
Le passage suivant est reformulé par l’encyclopédie. Pour le Cheikh Miftāḥ, al-Jīlī est le grand ordonnateur, après Ibn ʿArabī, du vocabulaire de l’Homme parfait. Ce qu’Ibn ʿArabī distribue dans de nombreux chapitres des Futūḥāt et des Fuṣūṣ, al-Jīlī le rassemble dans un livre centré sur cette doctrine.
Le Cheikh rappelle également la division de l’Existence en quarante degrés dans l’ouvrage d’al-Jīlī. Il s’en sert comme d’une table de lecture pour les États multiples de l’être, sans affirmer que Guénon aurait traduit ou résumé ce traité. Al-Jīlī devient ainsi un médiateur terminologique entre la doctrine akbarienne et le lecteur arabe de Guénon.
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction La présence d’al-Jīlī montre la différence entre une source et une clef de lecture. Une source établirait une dépendance historique du texte français. Une clef de lecture reconnaît dans une tradition donnée une formulation qui rend plus intelligible la structure doctrinale exposée ailleurs.
Cette distinction protège les deux auteurs. Guénon n’est pas transformé en commentateur implicite d’un traité qu’il ne cite pas; al-Jīlī n’est pas réduit à une anticipation approximative de concepts français. Leur rencontre se fait dans le travail du Cheikh Miftāḥ, qui rapporte la géométrie des états au lexique des présences et de l’Homme Universel.
Le résultat est un des gestes propres à cette encyclopédie bilingue : rendre visible non seulement ce que dit un texte, mais le vocabulaire traditionnel par lequel un lecteur autorisé l’insère dans son propre univers doctrinal.
Un exemple pour approcher le sens
Ibn ʿArabī peut être comparé à une vaste cité dont les rues conduisent à de nombreux centres. Al-Jīlī dessine une carte consacrée à l’un de ces centres, l’Homme parfait, puis une autre qui numérote les étages de l’Existence.
Guénon décrit de son côté les lois géométriques qui permettent de comprendre axes, plans et degrés. Le Cheikh Miftāḥ place la carte d’al-Jīlī auprès de cette géométrie. Il ne prétend pas que l’une a été copiée sur l’autre; il montre qu’elles peuvent être lues ensemble lorsque les différences de langue et de fonction sont respectées.
Références internes
Les États multiples de l’être · Le Symbolisme de la Croix · L’Homme Universel · États multiples de l’être · Ibn ʿArabī · Cheikh ʿAbd al-Bāqī Miftāḥ · L’homme véritable et l’homme transcendant · L’ésotérisme islamique · les Possibilités éternelles de l’Être