En une phrase
Brahma est le Principe suprême et absolument inconditionné du Vêdânta, dont Îshwara est la première détermination relativement à la manifestation et auquel Atmâ est identique.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans L'Homme et son devenir selon le Vêdânta et l'Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, formulée par l'encyclopédie.
Guénon place la considération de Brahma au cœur de la métaphysique pure. Le Vêdânta est la Brahma-Mîmânsâ, l’investigation relative à Brahma, et la connaissance qui lui correspond est la Brahma-Vidyâ. Le mot ne désigne pas un dieu particulier au sein d’un panthéon, ni la divinité créatrice Brahmâ dont la forme grammaticale et la fonction sont distinctes.
Brahma est le Principe suprême, « non qualifié » et absolument inconditionné. Toute qualité détermine ce à quoi elle s’applique et le distingue d’autre chose. Or le Principe ne peut être enfermé dans une détermination, même la plus haute. Il est au-delà de la distinction entre l’Être et les êtres, entre le manifesté et le non-manifesté, et même au-delà de l’unité si celle-ci est conçue comme une détermination opposée à la multiplicité.
Cette doctrine exige de distinguer Brahma et Îshwara.
- Brahma en soi, ou Para-Brahma, est suprême, non qualifié et au-delà de toute relation.
- Îshwara, correspondant à Apara-Brahma, est Brahma envisagé comme principe de la manifestation universelle. Il est l’Être, la « Personnalité Divine », qualifiée et conçue distinctement par rapport au monde.
Îshwara n’est pas un second principe ajouté à Brahma. Il est la première et la plus haute des relativités, légitime dans son ordre. La distinction naît du point de vue de la manifestation. Elle ne rompt jamais la non-dualité du Principe, pas plus que l’effet ne peut posséder une essence indépendante de sa cause.
Guénon distingue en conséquence une connaissance suprême et une connaissance non suprême. La première se rapporte à Para-Brahma et dépasse toute condition. La seconde se rapporte à Îshwara et peut conduire aux états supérieurs de l’Être sans franchir la limite de l’Existence universelle. Cette différence détermine le sens des degrés de délivrance.
L’identité d’Atmâ et de Brahma exprime la même doctrine depuis le centre de l’être. Atmâ est le Soi, principe de tous les états d’un être ; Brahma est le Principe suprême envisagé universellement. Leur identité ne résulte pas d’une union produite dans le temps. La réalisation dissipe la limitation qui les faisait paraître distincts.
Dire que Brahma est dans le cœur ne le localise pas dans un organe. Le cœur représente le centre vital et intellectuel où l’être peut retrouver son principe. Le « séjour de Brahma » est ainsi le point central à partir duquel toutes les modalités individuelles sont ordonnées et dépassées.
Enfin, la doctrine ne doit pas être confondue avec le panthéisme. Le monde ne se distingue de Brahma qu’en mode illusoire, mais Brahma ne se réduit nullement au monde. L’Infini contient toutes choses sans être contenu ni épuisé par leur ensemble.
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Citations de Guénon
Brahma est « non-qualifié » (nirguna), « au-delà de toute distinction » (nirvishêsha), absolument inconditionné (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 13)
La considération d’Îshwara est donc déjà un point de vue relatif (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 13)
C’est donc vraiment l’« Esprit Universel » (Âtmâ), qui est, en réalité, Brahma même, le « Suprême Ordonnateur » ; et ainsi se trouve pleinement justifiée la désignation de ce centre comme Brahma-pura. (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 24)
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction Le point le plus délicat est le vocabulaire du divin. Traduire Brahma simplement par « Dieu » risque de le rabattre sur Îshwara, Dieu envisagé avec ses attributs et dans sa relation à la manifestation. Refuser tout rapprochement rendrait cependant la doctrine inintelligible au lecteur français. Guénon emploie donc des équivalences fonctionnelles, accompagnées de distinctions.
La comparaison avec la distinction islamique entre l’Essence divine et les noms et attributs peut éclairer le rapport entre le non qualifié et le qualifié. Elle demeure une analogie doctrinale. Chaque tradition possède son langage, ses formulations normatives et ses précautions contre les contresens.
Brahma fournit aussi un critère pour lire tous les degrés inférieurs. Plus une notion implique relation, détermination ou fonction cosmique, moins elle peut être attribuée au Principe suprême sans transposition. Cette règle préserve l’Infini de toute réduction à la totalité du manifesté.
Un exemple pour approcher le sens
La lumière blanche peut traverser un prisme et se déployer en couleurs. Les couleurs sont réelles dans les conditions de la réfraction, mais aucune ne contient à elle seule la lumière dont elle procède. La lumière n’est pas non plus la simple addition extérieure des couleurs aperçues.
Îshwara peut être approché comme le Principe déjà envisagé relativement au déploiement cosmique. Brahma n’est ni une couleur supérieure ni la somme du spectre. Il est au-delà des déterminations que l’analogie rend visibles.
Références internes
L’Homme et son devenir selon le Vêdânta · Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues · Atmâ · les Possibilités éternelles de l’Être · Mâyâ · Moksha · Nâma-Rûpa · Personnalité et individualité · Vêdânta · La tradition hindoue