En une phrase
La caverne figure le centre intérieur où, après les épreuves qui en gardent l’accès, l’être passe des ténèbres extérieures à la lumière d’une seconde naissance.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans Symboles fondamentaux de la Science Sacrée, notamment les études consacrées à la caverne, formulée par l'encyclopédie.
La caverne rassemble plusieurs symbolismes qui ne se juxtaposent pas, mais se déduisent d’une même idée centrale.
- Elle est un lieu caché. Son accès étroit et son retrait dans la terre correspondent au caractère intérieur de l’initiation. Le labyrinthe qui la précède représente les épreuves et les détours par lesquels l’être doit être préparé avant d’atteindre le centre.
- Elle est le cœur de la montagne. La montagne manifeste extérieurement l’axe et l’élévation ; la caverne en contient le centre intérieur. Le sommet et la profondeur sont donc deux expressions complémentaires d’une même réalisation, l’une selon l’ascension visible, l’autre selon le recueillement.
- Elle est une image du monde. Sa voûte répond au ciel et son sol à la terre. Parce qu’elle est un monde réduit et clos autour d’un centre, elle se rapproche aussi de l’Œuf du Monde, où la manifestation demeure enveloppée avant son déploiement.
- Elle est un lieu de naissance. Y entrer signifie mourir à une condition antérieure ; en sortir signifie naître à un état nouveau. La grotte de la Nativité, le tombeau taillé dans le roc et les retraites initiatiques appartiennent, avec des applications différentes, à cette même famille de symboles.
Le contraste de la lumière et de l’obscurité doit être lu avec précision. La caverne paraît obscure à celui qui demeure dehors, parce que son secret est soustrait au monde profane. Pour celui qui l’a réellement pénétrée, elle est éclairée de l’intérieur. L’obscurité véritable se trouve alors au-dehors, dans la dispersion qui empêche de voir le centre.
Le cœur humain lui correspond pour la même raison. Il ne s’agit pas ici de l’organe du sentiment, mais du centre intellectuel et spirituel de l’être. Le triangle inversé, la coupe et la cavité figurent une même réceptivité : le lieu où l’influence d’en haut est reçue, gardée, puis rendue féconde.
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Citations de Guénon
La vérité est que, bien loin d’être un lieu ténébreux, la caverne initiatique est éclairée intérieurement (Symboles fondamentaux de la Science Sacrée, p. 188)
La caverne initiatique, avons-nous dit précédemment, est considérée comme une image du monde ; mais, d’autre part, en raison de son assimilation symbolique avec le cœur, elle en représente plus particulièrement le lieu central. (Symboles fondamentaux de la Science Sacrée, p. 204)
Lecture du commentaire arabe
Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Voir la notice arabe correspondante pour le dossier de lecture. Les attributions détaillées de ce résumé restent à confronter aux notes originales ; ce renvoi secondaire ne vaut pas vérification de chaque proposition.
Les remarques suivantes, reformulé par l’encyclopédie, rassemblent les correspondances islamiques indiquées par le Cheikh Miftāḥ. La grotte de Ḥirāʾ est à la fois retrait, sommet et réceptacle de la première révélation. La grotte de Thawr est un lieu de protection où descend la sakīna. La sourate de la Caverne, enfin, unit le retrait des jeunes gens, la science cachée d’al-Khiḍr et le dépassement des mesures ordinaires du temps.
Ces rapprochements ne font pas de toute grotte un centre initiatique. Ils montrent que la forme sensible devient symbole lorsqu’une fonction traditionnelle l’ordonne : retrait du monde, conservation d’un dépôt, réception d’une lumière, puis retour dans un état renouvelé.
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction La caverne et la montagne ne s’opposent pas comme le bas et le haut. La caverne est dans la montagne, et son centre appartient au même axe que le sommet. La première voie insiste sur l’intériorisation, la seconde sur l’élévation ; l’une et l’autre conduisent à un point qui ne se situe plus à la périphérie.
Cette complémentarité explique aussi la présence conjointe de la mort et de la naissance. Le retrait n’est pas une fin. Il est l’enveloppement nécessaire à une transformation, comme la graine sous la terre ou l’embryon dans l’œuf.
Un exemple pour approcher le sens
Imaginez une maison bruyante dont toutes les fenêtres donnent sur une place. Au centre se trouve une petite pièce sans ouverture extérieure, éclairée par un jour venu du toit. Tant que l’on demeure près des fenêtres, cette pièce paraît sombre et sans intérêt. Lorsqu’on y entre, le tumulte s’éloigne et la lumière verticale devient visible.
La caverne joue symboliquement ce rôle. Elle retire l’être aux sollicitations de la circonférence, non pour l’enfermer, mais pour lui rendre perceptible la lumière du centre. Sa sortie n’est alors pas un simple retour au dehors : le monde est revu à partir d’un principe qui était auparavant caché.
Références internes
Symboles fondamentaux de la Science Sacrée · L’homme véritable et l’homme transcendant · La Montagne de Qâf · Le Cœur · L’état primordial · L’Homme Universel · L’intuition intellectuelle · Les deux nuits et le symbolisme de la nuit · La réalisation métaphysique · Mohyiddin ibn Arabi