En une phrase

Le cube est la figure du maximum de détermination spatiale, de la stabilité substantielle et de l’achèvement auquel aboutit la solidification progressive d’un monde.

Exposé métaphysique

Synthèse de la position de Guénon dans Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps et Le Symbolisme de la Croix, formulée par l'encyclopédie.

Par ses six faces, ses douze arêtes et ses huit sommets, le cube détermine nettement les directions de l’espace. Posé sur une face, il offre le maximum de stabilité. Il est également le solide qui se prête le plus directement à la mesure et à la subdivision en unités semblables. Ces propriétés expliquent que Guénon le rapporte au pôle substantiel de la manifestation.

La substance n’est pas ici la matière sensible prise comme réalité ultime. Elle est le principe passif et réceptif d’un ordre manifesté. Le cube en représente le terme le plus fixé : chaque direction est arrêtée, chaque limite assignée, chaque partie mesurable. Il convient ainsi au symbolisme de la base, du fondement et du monde terrestre.

Cette signification ne devient complète que par contraste avec la sphère. Celle-ci, semblable à elle-même dans toutes les directions, contient les possibilités à l’état global. Le cube les présente sous le régime de la spécification. Passer symboliquement de la sphère au cube, c’est aller de l’état subtil et embryonnaire à l’état corporel, puis de la plasticité qualitative à la solidification quantitative.

Le cube ne signifie donc pas seulement une déchéance. Dans l’ordre d’un cycle, l’achèvement et la fixation sont nécessaires à la manifestation intégrale de certaines possibilités. Le symbolisme de la pierre cubique lui donne même un sens de perfection accomplie. Tout dépend du point de vue : envisagé comme terme inférieur qui prétend se suffire, le cube exprime la fermeture ; rapporté au centre et à l’œuvre qui l’a taillé, il exprime la stabilité obtenue.

La forme de la Kaaba donne à cette ambivalence une application particulièrement claire. Le cube y est centre terrestre et support d’orientation. Les fidèles ne s’arrêtent pas à la masse de pierre ; toutes les directions convergent vers un lieu unique. La fixité cubique est alors ordonnée à une fonction axiale, et non abandonnée à la seule inertie matérielle.

Enfin, le cube peut contenir une croix à trois dimensions dont les branches rejoignent les centres de ses faces. La figure la plus stable laisse ainsi paraître l’axe qui l’ordonne de l’intérieur. La substance n’est intelligible qu’en relation avec l’essence, comme la base avec la verticale qu’elle soutient.

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Citations de Guénon

Le cube est au contraire la forme la plus « arrêtée » de toutes. (Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, p. 100)

Cette forme est donc en quelque sorte celle du « solide » par excellence. (Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, p. 101)

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction Le cube oblige à tenir ensemble deux sens qu’une lecture trop rapide séparerait. Il est terminal par sa détermination, central par l’orientation qu’il peut recevoir. Une pierre quelconque est pesante ; une pierre de fondation est pesante et ordonnatrice. La différence ne vient pas de sa matière, mais de sa place dans un ensemble symbolique.

Cette distinction prévient aussi une confusion entre qualité et instabilité. La stabilité n’est pas en elle-même quantitative. Elle le devient lorsqu’elle se réduit à l’inertie d’unités interchangeables. Rapportée à un centre, elle peut au contraire signifier le repos dans un ordre, la rectitude des directions et la permanence d’une fonction.

Le passage de la sphère au cube résume ainsi une doctrine du cycle plutôt qu’une préférence esthétique. Il montre comment un monde épuise progressivement sa plasticité, fixe ses formes et approche d’un état où la mesure semble régner seule. Ce terme prépare pourtant une discontinuité, car la quantité pure ne peut jamais être effectivement réalisée dans la manifestation.

Un exemple pour approcher le sens

Une boule posée sur un plan incliné roule dès que l’équilibre est rompu. Un cube posé sur l’une de ses faces demeure en place. La boule conserve une indifférence à l’égard des directions ; le cube oppose à chacune d’elles une face ou une arête déterminée.

Ce contraste physique ne constitue qu’un support. Dans le symbole, la sphère figure les possibilités encore réunies, le cube leur fixation achevée. Mais si plusieurs personnes orientent leur marche vers un même cube central, sa stabilité devient aussi le moyen d’une convergence. La même forme exprime alors la terre fixée et le centre qui l’ordonne.

Références internes

Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps · Le Symbolisme de la Croix · La Sphère · La Quantité · La Croix · Kali-Yuga · Manvantara · Le Règne de la Quantité · Le Pôle · Le Centre spirituel