En une phrase

La sphère symbolise l’état primordial d’une manifestation, encore semblable à lui-même dans toutes les directions et contenant globalement les formes qui se différencieront au cours du cycle.

Exposé métaphysique

Synthèse de la position de Guénon dans Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, Le Symbolisme de la Croix et La Grande Triade, formulée par l'encyclopédie.

La sphère est la forme la moins déterminée que puisse offrir la géométrie. Elle n’a ni arête, ni angle, ni direction privilégiée. Toute rotation autour de son centre la laisse superposable à elle-même. Cette indifférence directionnelle en fait, chez Guénon, l’image convenable d’un état où les possibilités sont présentes ensemble avant leur déploiement distinct.

Ce caractère explique le symbolisme traditionnel de l’Œuf du Monde. L’œuf ne représente pas le néant antérieur à la manifestation, mais un ensemble embryonnaire, déjà riche de tout ce qui doit apparaître et pourtant non développé. La sphère est donc première dans l’ordre cosmologique, non parce qu’elle serait une matière physique initiale, mais parce qu’elle figure la manifestation subtile dont le monde corporel procède immédiatement.

Son centre mérite une attention particulière. Il est sans étendue, mais toute la surface est ordonnée par rapport à lui. Les rayons peuvent se multiplier indéfiniment sans altérer l’unité centrale. Dans le symbolisme de la croix, les directions de l’espace se développent à partir de ce point. La sphère contient ainsi virtuellement les axes qui, une fois distingués, donneront une structure déterminée au monde.

La comparaison avec le cube éclaire le mouvement du cycle. La sphère correspond au pôle essentiel, à l’état global et à la mobilité indifférenciée des commencements. Le cube correspond au pôle substantiel, à la fixation des directions et au maximum de stabilité. Le passage de l’une à l’autre figure la solidification progressive de la manifestation. Il ne faut pourtant pas y voir le déplacement matériel d’un corps rond devenant anguleux. Il s’agit d’une transposition géométrique du passage du subtil au grossier, de la qualité dominante à la détermination quantitative.

Enfin, la perfection sphérique n’est jamais réalisée intégralement dans le monde corporel. Toute forme sensible comporte des irrégularités et des limites. La sphère parfaite appartient donc au langage intellectuel du symbole : elle donne à voir une loi de la manifestation que les objets ronds ne font qu’indiquer imparfaitement.

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Citations de Guénon

La sphère est proprement la forme primordiale, parce qu’elle est la moins « spécifiée » de toutes. (Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, p. 100)

Cette forme sphérique est, dans toutes les traditions, celle de l’« Œuf du Monde ». (Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, p. 100)

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction La sphère ne signifie pas une absence de détermination comparable au pur indéterminé métaphysique. Elle appartient déjà à la manifestation et possède une forme. Son universalité est donc relative à un ordre cosmique : elle est la forme la moins spécifiée, non ce qui est au-delà de toute forme.

Cette réserve permet de comprendre pourquoi l’Œuf du Monde renferme des germes. Un germe n’est pas une chose inexistante, mais une possibilité réelle dont les caractères ne sont pas encore déployés. La sphère rassemble de la même manière les directions sans les abolir. Elle est antérieure à leur distinction effective, tout en les portant virtuellement.

La relation au cube doit elle aussi être tenue pour complémentaire plutôt que morale. La sphère n’est pas le bien et le cube le mal. Chacun exprime une fonction nécessaire. Le danger apparaît lorsque la fixation finale est prise pour la réalité entière et que le pôle quantitatif fait oublier le principe qualitatif dont il est l’aboutissement inférieur.

Un exemple pour approcher le sens

Imaginez une goutte parfaitement suspendue avant de tomber. Sa surface ne présente aucune face privilégiée, et toutes ses directions s’équilibrent autour d’un centre invisible. Si elle se fige dans un moule, elle reçoit des faces, des arêtes et une orientation précise.

La goutte n’est pas littéralement l’origine du monde, pas plus que le moule n’est sa fin historique. Mais leur contraste rend sensible la différence entre une possibilité encore globale et une forme entièrement spécifiée. La sphère contient les directions comme la goutte contient les formes qu’un moule pourra lui imposer.

Références internes

Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps · Le Symbolisme de la Croix · La Grande Triade · Le Cube · L’Homme Universel · La double spirale · La Croix · Manvantara · Kali-Yuga · La Possibilité universelle