En une phrase

La superstition de la vie consiste à prendre le changement vital et l’action pour l’horizon ultime du réel, en refusant tout principe qui les dépasse.

Exposé métaphysique

Synthèse de la position de Guénon dans Orient et Occident et La Crise du Monde moderne, formulée par l'encyclopédie.

Guénon appelle superstition une adhésion d’autant plus puissante qu’elle ne se reconnaît pas comme croyance. La mentalité moderne suppose que la vie, entendue comme devenir, impulsion et adaptation, possède en elle-même son principe. Elle remplace ainsi la superstition rationaliste par une exaltation plus basse encore, parce qu’elle identifie l’intelligence au mouvement vital.

La vie manifestée est pourtant changement incessant. La prendre comme réalité suprême revient à refuser toute connaissance de l’immuable. Une philosophie qui fait de la mobilité son principe ne dépasse pas le matérialisme ; elle en déplace seulement la limite, de la matière inerte vers les processus biologiques et psychiques.

Cette réduction entraîne la primauté de l’action. Ce qui n’agit pas extérieurement, ne produit pas ou ne répond pas à un besoin vital paraît sans valeur. La spéculation est alors jugée d’après son utilité pratique, la science d’après ses applications, et l’homme d’après sa capacité à transformer son milieu.

Guénon ne condamne ni la vie ni l’action dans leur ordre. Il conteste leur autonomie. Comme toute manifestation, elles reçoivent leur réalité d’un principe qui les dépasse. En les enfermant dans leur propre domaine, la mentalité moderne transforme une condition relative de l’existence en mesure de toute vérité.

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Citations de Guénon

La vie, considérée en elle-même, est toujours changement, modification incessante. (Orient et Occident, p. 40)

Vie et action sont étroitement solidaires ; le domaine de l’une est aussi celui de l’autre. (Orient et Occident, p. 42)

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction La formule ne vise pas la vie contemplée comme symbole ou comme don, mais la vie érigée en principe d’explication. Une réalité conditionnée ne peut rendre compte de ses propres conditions. Si elle devient l’absolu, tout ce qui n’entre pas dans le devenir sera déclaré irréel ou dépourvu de sens.

Cette superstition est aussi un régime d’attention. Elle dirige l’esprit vers l’urgence, la nouveauté, la croissance et l’efficacité immédiate. L’immuable ne lui paraît pas supérieur au changement, mais inerte ; la contemplation ne lui paraît pas principielle, mais improductive.

Un exemple pour approcher le sens

Un homme juge un arbre uniquement par la vitesse de sa croissance et la quantité de fruits produits. Les racines, parce qu’elles sont immobiles et cachées, lui semblent inutiles. Il finit par les couper afin que toute l’énergie visible soit consacrée aux branches.

L’arbre dépérit alors précisément parce que son activité dépendait de ce qui ne se manifestait pas comme activité. Pour Guénon, une civilisation qui absolutise la vie extérieure méconnaît de la même manière le principe dont cette vie reçoit son ordre.

Références internes

Orient et Occident · La Crise du Monde moderne · La science profane · La civilisation matérielle · Le progrès · L’individualisme · La Roue cosmique · La connaissance pure · La science traditionnelle · La tradition