En une phrase
L’individualisme est la négation de toute réalité et de toute autorité supérieures à l’individu, érigé dès lors en mesure de la connaissance, de la société et de l’action.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans La Crise du Monde moderne, Orient et Occident et Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, formulée par l'encyclopédie.
Guénon ne vise pas d’abord l’égoïsme ni le goût de l’indépendance privée. Son individualisme est une thèse principielle, souvent implicite: rien ne serait supérieur à l’individualité humaine. Tout ce qui prétend dépasser l’individu devient alors une création collective, une croyance subjective ou une limite imposée du dehors.
Dans l’ordre intellectuel, cette négation retranche l’intuition supra-individuelle et réduit l’intelligence à la raison. La philosophie devient la construction originale d’un auteur, puis se fragmente en systèmes contradictoires dont aucun principe commun ne peut juger les prétentions. Le rationalisme de Descartes constitue pour Guénon une expression décisive de ce mouvement.
Dans l’ordre religieux, le libre examen place l’interprétation individuelle au-dessus de la doctrine et de son autorité traditionnelle. La religion tend ensuite à devenir affaire de sentiment ou de choix privé. Ce qui était reçu comme une vérité supérieure est ramené à l’opinion de celui qui l’accepte ou la refuse.
Dans l’ordre politique, la même logique fait dériver l’autorité de la somme des individus. Le supérieur est censé procéder de l’inférieur, et le nombre devient un titre de légitimité. La séparation du pouvoir temporel et de l’autorité spirituelle ne libère pas le premier; elle l’abandonne à la concurrence des forces et des intérêts.
La métaphysique des états multiples montre l’erreur à sa racine. L’individu humain n’est qu’un état particulier de l’être total. Le prendre pour une réalité complète revient à confondre une modalité conditionnée avec le principe qui la rend possible. L’individualisme est donc moins l’affirmation excessive d’une réalité que l’oubli de tout ce qui la dépasse.
Il engendre ainsi plusieurs traits de la modernité: humanisme, rationalisme, profanation de la connaissance, égalitarisme quantitatif et civilisation matérielle. Ces conséquences ne sont pas juxtaposées. Elles découlent d’un même refus de reconnaître un ordre supra-individuel auquel l’individu participe sans en être l’origine.
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Citations de Guénon
Ce que nous entendons par « individualisme », c’est la négation de tout principe supérieur à l’individualité, et, par suite, la réduction de la civilisation, dans tous les domaines (La Crise du Monde moderne, p. 44)
L’individualisme implique tout d’abord la négation de l’intuition intellectuelle, en tant que celle-ci est essentiellement une faculté supra-individuelle, et de l’ordre de connaissance qui est le domaine propre de cette intuition (La Crise du Monde moderne, p. 44)
Cette forme de l’individualisme, à laquelle on doit tant de « systèmes » contradictoires entre eux, quand ils ne le sont pas en eux-mêmes (La Crise du Monde moderne, p. 45)
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction La critique ne demande pas d’abolir les différences individuelles ni la responsabilité personnelle. Elle refuse de faire de l’individu son propre principe. Dans un ordre traditionnel, les aptitudes particulières ont au contraire une fonction plus précise parce qu’elles sont rapportées à une hiérarchie qui les dépasse.
Il faut également distinguer personnalité et individualité. Chez Guénon, la personnalité au sens métaphysique appartient à l’ordre universel, tandis que l’individualité est un état conditionné. Le langage moderne inverse souvent ces termes et célèbre comme « personnalité » l’affirmation de particularités psychologiques. Cette inversion est elle-même un effet de l’individualisme.
Un exemple pour approcher le sens
Une cellule vivante possède sa forme, sa fonction et son activité propres. Si elle oubliait l’organisme auquel elle appartient, elle pourrait prendre son indépendance pour une perfection. Elle perdrait pourtant la circulation, la coordination et la fin qui rendent son activité intelligible.
L’individu moderne ressemble à cette cellule isolée. Guénon ne lui reproche pas d’exister comme individu, mais de se croire le tout et la source. Reconnaître un principe supérieur ne détruit pas sa fonction; cela lui rend sa place et sa mesure.
Références internes
La Crise du Monde moderne · Orient et Occident · Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel · L’intuition intellectuelle · La civilisation matérielle · L’Occident · Les états multiples de l’être · L’Homme Universel · L’autorité spirituelle · Le pouvoir temporel