En une phrase
Le Yoga est l’union effectivement réalisée avec l’Universel, non l’ensemble des exercices corporels ou psychiques auxquels l’usage moderne a réduit ce nom.
Exposé métaphysique
Synthèse de la position de Guénon dans La Métaphysique orientale, L'Homme et son devenir selon le Vêdânta et Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, formulée par l'encyclopédie.
Le mot Yoga dérive de la racine sanscrite yuj, unir. Son sens propre ne désigne donc pas d’abord une méthode, mais un but : l’union de l’être avec son principe, ou, plus exactement, la réalisation qui abolit pour lui toute séparation illusoire d’avec l’Universel.
Le Yogî, au sens strict, est celui qui a atteint ce but. L’usage étend le nom à celui qui suit une voie de réalisation, voire aux moyens préparatoires qu’il emploie. Cette extension est légitime si l’on n’oublie pas le sens principal. Elle devient une déformation lorsque les moyens corporels, respiratoires ou mentaux sont présentés comme constituant le Yoga tout entier.
Trois degrés doivent donc être distingués :
- La préparation règle le corps, le souffle et le mental afin qu’ils cessent de faire obstacle à la concentration.
- La voie effective conduit l’être au-delà de ses limitations individuelles par une connaissance devenue réalisation.
- Le terme est la Délivrance, où l’identification au Principe n’est plus virtuelle mais pleinement consciente et permanente.
Cette distinction écarte également la recherche des pouvoirs. Développer une faculté psychique, percevoir une modalité subtile ou produire un phénomène inhabituel reste dans le domaine conditionné. Ces acquisitions peuvent même détourner du but si l’être s’y attache. La mesure du progrès n’est pas l’extraordinaire, mais le dépassement effectif de la limitation.
Parmi les six darshanas, le Yoga représente le point de vue spécialement ordonné aux moyens de la réalisation. Il complète le Sânkhya sans se séparer du Vêdânta. Sa place dans cet ensemble interdit de le traiter comme une gymnastique autonome ou comme une psychologie du bien-être.
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Citations de Guénon
L’obtention de cet état, c’est ce que la doctrine hindoue appelle la « Délivrance », quand elle la considère par rapport aux états conditionnés, et aussi l’« Union » (La Métaphysique orientale, p. 9)
La Délivrance n’est donc effective qu’autant qu’elle implique essentiellement la parfaite Connaissance de Brahma ; et, inversement, cette Connaissance, pour être parfaite (L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 105)
Lecture du commentaire arabe
Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Voir la notice arabe correspondante pour le dossier de lecture. Les attributions détaillées de ce résumé restent à confronter aux notes originales ; ce renvoi secondaire ne vaut pas vérification de chaque proposition.
Le passage suivant est reformulé par l’encyclopédie. Le Cheikh Miftāḥ rend le terme Union avec prudence, afin d’écarter toute idée de fusion de deux réalités ou d’union substantielle. Il privilégie l’expression de réalisation de l’unité, qui maintient à la fois la transcendance du Principe et le caractère effectif de la connaissance.
Il relève aussi la comparaison établie par Guénon entre le Yogî véritable et le soufi véritable. Il s’agit d’une équivalence de fonction au terme de deux voies traditionnelles, non d’un mélange de leurs rites ni d’une autorisation à composer une méthode individuelle avec des éléments pris aux deux traditions.
Lecture de l’encyclopédie
note de la rédaction Le contraste entre Yoga traditionnel et yoga moderne n’oppose pas le spirituel au corps comme si le corps devait être négligé. Il oppose la fin au moyen. Une posture peut servir à une préparation; elle cesse d’être intelligible lorsque sa finalité se réduit à la santé, à la détente ou à l’acquisition d’une identité sociale.
La même règle vaut pour le souffle et la concentration. Leur efficacité ne prouve pas qu’ils soient spirituels en eux-mêmes. Elle exige au contraire une doctrine, un rattachement et une orientation qui empêchent l’être de prendre un état intermédiaire pour la fin suprême.
Le Yoga est donc un cas majeur de mélange du vrai et du faux lorsque son vocabulaire ancien couvre une finalité moderne. Retrouver le mot ne suffit pas; il faut restituer son rang dans l’ensemble doctrinal.
Un exemple pour approcher le sens
Un musicien accorde son instrument, assouplit ses doigts et répète des gammes. Ces exercices sont indispensables, mais aucun n’est le concert. S’il en venait à croire que l’accordage est l’œuvre musicale, la précision même de sa préparation l’éloignerait de sa fin.
Les disciplines du Yoga sont comparables à cet accordage. Elles disposent des facultés de l’être à une connaissance effective. L’union est le concert, non une gamme plus difficile. Elle appartient à un autre degré, parce qu’elle réalise la finalité pour laquelle tous les moyens avaient été ordonnés.
Références internes
La Métaphysique orientale · L’Homme et son devenir selon le Vêdânta · Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues · Les six darshanas · La Grande Délivrance · Réalisation métaphysique · Mohyiddin ibn Arabi · La pseudo-initiation · L’Occident