En une phrase

Al-ʿAmâ désigne, dans son sens supérieur, l’obscurité de la non-manifestation qui surpasse toute lumière manifestée, tandis que son reflet inférieur est le chaos potentiel d’où procèdent les formes.

Exposé métaphysique

Synthèse de la position de Guénon dans Les États multiples de l'être et Initiation et Réalisation spirituelle, formulée par l'encyclopédie.

Le symbolisme des ténèbres possède chez Guénon deux sens opposés. Les ténèbres inférieures correspondent à l’indifférenciation potentielle qui précède la production des formes. Elles sont le chaos au sens cosmologique, le pôle obscur et passif à partir duquel la manifestation reçoit son ordre et ses déterminations.

Les ténèbres supérieures se situent au-delà de toute manifestation. Elles ne signifient ni privation ni infériorité, mais la non-manifestation principielle, inaccessible aux facultés qui ne perçoivent que des formes. Elles sont dites obscures parce que la lumière manifestée ne peut les éclairer; en elles-mêmes, elles sont la Lumière qui surpasse toute lumière.

Cette double valeur répond aux deux chaos distingués par Guénon. Le chaos informel contient les possibilités de manifestation informelle; le chaos formel est relatif à la production d’un monde déterminé. À chaque niveau, un état d’indifférenciation précède l’ordonnance des formes, mais cette indifférenciation n’est jamais identique à la non-manifestation absolue.

L’analogie est donc inverse. L’absence de distinction apparaît en haut parce que les déterminations sont dépassées dans leur principe, et en bas parce qu’elles ne sont pas encore actualisées. Confondre ces pôles reviendrait à assimiler la plénitude supra-formelle à la pauvreté d’une potentialité non développée. Le même noir symbolique peut convenir aux deux, précisément parce que la perception formelle demeure aveugle devant ce qui la dépasse autant que devant ce qui n’est pas encore formé.

Le processus initiatique transpose cette cosmologie dans le microcosme. Au commencement du travail, les possibilités de l’individu se trouvent dans un état relativement chaotique; l’influence spirituelle joue à leur égard le rôle d’un Fiat Lux qui les ordonne. Au terme supérieur, la réalisation dépasse les formes particulières et rentre dans l’obscurité principielle. La nuit du commencement et celle de l’achèvement se répondent sans se confondre.

Cette structure éclaire les contrefaçons par inversion. La dissolution de l’individu dans une masse indifférenciée, la confusion du psychique et du spirituel ou la recherche d’un inconscient collectif peuvent prendre l’apparence d’un dépassement de la forme personnelle. Elles conduisent pourtant vers le pôle inférieur, car elles défont une détermination sans la réintégrer dans son principe. La réalisation supérieure contient et transfigure; la dissolution inférieure disperse et obscurcit.

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Citations de Guénon

Cette considération des deux chaos, correspondant au formel et à l’informel, est indispensable pour la compréhension d’un grand nombre de figurations symboliques et traditionnelles. (Les États multiples de l’être, p. 51)

Ces « ténèbres supérieures » sont en réalité la Lumière qui surpasse toute lumière. (Initiation et Réalisation spirituelle, p. 188)

Lecture du commentaire arabe

Synthèse de l’encyclopédie, non citation du Cheikh. Voir la notice arabe correspondante pour le dossier de lecture. Les attributions détaillées de ce résumé restent à confronter aux notes originales ; ce renvoi secondaire ne vaut pas vérification de chaque proposition.

Le commentaire du Cheikh, ici reformulé par l’encyclopédie et synthétisé, rattache le terme al-ʿAmâ au vocabulaire prophétique et akbarien. Il le distingue du habâ’, la poussière cosmique réceptive aux formes: l’ʿAmâ relève de l’intériorité principielle et du Souffle du Tout-Miséricordieux, tandis que le habâ’ appartient déjà à un degré de la manifestation.

Cette précision empêche de traiter l’ʿAmâ comme une matière primitive. Dans le langage d’Ibn ʿArabī, il désigne le support principiel où les formes possibles sont connues et manifestables, non une substance corporelle antérieure au monde.

Lecture de l’encyclopédie

note de la rédaction La distinction des deux ténèbres est une clef contre les renversements spirituels. Une dissolution des formes par le bas peut imiter extérieurement leur dépassement par le haut. L’indifférenciation de la masse, la confusion psychique ou la perte de l’individualité ne sont pourtant pas la délivrance de ses limites; elles en constituent une décomposition.

Le discernement repose sur la direction. Les ténèbres supérieures contiennent éminemment les déterminations qu’elles dépassent. Les ténèbres inférieures ne les possèdent qu’en puissance. L’une est au terme du retour au principe, l’autre au point de départ d’une formation.

Un exemple pour approcher le sens

Une page blanche et une page noircie jusqu’à l’illisible ne présentent plus aucune figure distincte. Leur apparence commune ne doit pas masquer leur opposition. La page blanche peut recevoir toutes les figures; la page brouillée résulte de leur mélange et de leur destruction.

L’image demeure imparfaite, mais elle aide à distinguer l’indifférenciation principielle, au-delà des formes, de la confusion inférieure où les formes ne peuvent plus être reconnues.

Références internes

Les États multiples de l’être · Initiation et Réalisation spirituelle · Le Centre et la Circonférence · L’Homme Universel · les Possibilités éternelles de l’Être · La Possibilité universelle · Hylè et materia prima · La Hylè, le Calame et la Table gardée